Embargo russe sur l'agroalimentaire : quels risques pour l'économie française ?

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ÉCONOMIE - Le Premier ministre Medvedev confirme que Moscou va interdire la plupart des produits agroalimentaires européens, en réaction aux sanctions visant son pays dans le dossier ukrainien. Et fait aussi planer la menace d'interdiction de survol du territoire russe. Quels sont les risques pour notre économie ?

En sanctionnant la Russie sur le dossier ukrainien , l'Europe et les Etats-Unis savaient qu'ils exposaient leur économie. La riposte russe est tombée mercredi : le président russe, Vladimir Poutine, a ordonné à son gouvernement de décréter une "interdiction totale" de la plupart des produits alimentaires que ces États exportent vers la Russie. Vladimir Poutine menace de ne pas s'arrêter là et d'interdire le survol du territoire russe aux compagnies aériennes effectuant des liaisons entre l'Europe et l'Asie via la Sibérie. Cela provoquerait pour les compagnies aériennes un important surcoût en carburant qui se répercuterait sur les prix. Cette hypothèse reste toutefois au stade de la "réflexion", selon le gouvernement russe.

Les Etats-Unis, la Norvège, l'Australie et le Canada, qui ont tous adopté des sanctions économiques contre le Kremlin, sont concernés. Mais c'est surtout l'Union européenne (UE), partenaire privilégié dans les échanges commerciaux avec la Russie, qui risque d'être impactée par cette décision.

Jeu de chantage

C'est un véritable jeu de chantage économique auquel se livre le Kremlin. Prévu pour durer un an, l'embargo pourra en effet être levé si "nos partenaires font preuve d'une approche constructive", a déclaré jeudi le Premier ministre Dmitri Medvedev dans une intervention télévisée. En clair : si les Occidentaux reviennent sur leurs sanctions, la Russie reviendra sur les siennes. "J'espère sincèrement que le pragmatisme économique prévaudra sur les considérations politiques stupides chez nos partenaires, et qu'ils penseront à ne pas isoler ou à faire peur à la Russie", a tancé le Premier ministre russe.

Le bœuf, le porc, la volaille, le poisson, le fromage, le lait, les légumes et les fruits sont touchés. En Europe, la filière porcine connaît déjà les conséquences d'un embargo russe, pour des raisons sanitaires, depuis six mois. "Cela représente pour la filière porcine européenne plus d'un milliard et demi d'euros de pertes en six mois", assure sur BFM-TV  le président de la Fédération nationale porcine. Une année supplémentaire d'embargo pourrait bien faire plonger la filière européenne dans le rouge.

Les pommes et les poires françaises en danger

Au sein de l'UE, la France compte parmi les plus gros fournisseurs de denrées agroalimentaires à la Russie. Elle se place au huitième rang mondial, et au quatrième rang européen, derrière l'Allemagne, l'Ukraine et les Pays-Bas, selon le ministère de l'Agriculture . Des données qui sont à relativiser : selon les chiffres de 2012, les exportations françaises vers la Russie représentent 6,5 % du total de ses exportations, soit 1,2 milliard d'euros. Il s'agit surtout de champagne et de produits de luxe, qui ne sont pas concernés par l'embargo russe.

Ce qui ne signifie pas pour autant que la France ne doit pas craindre Moscou. En effet, la Russie, qui constitue le premier marché à l'export pour les producteurs français de pommes et de poires, préférera se tourner cette année vers des pays producteurs avec lesquels elle reste en bons termes. "Les Russes vont continuer à manger des pommes, des tomates, des pêches. Sauf que l'origine ne sera plus européenne : elle sera d'Asie, du Brésil, d'Afrique du Sud, etc. Donc, quand ce marché se rouvrira, il faudra des années pour reconquérir des parts de marché, décrypte sur Europe 1 Luc Barbier, le président de la Fédération nationale des producteurs de fruits. C'est dramatique", conclut-il.

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