International

RADICALISATION – La djihadiste Emilie König a quitté la France pour la Syrie en 2012. Deux mois avant son départ, celle qui est aujourd'hui considérée comme l'une des recruteuses les plus actives de Daech, avait été interrogée par une réalisatrice dans le cadre d’une enquête sociologique sur le voile intégral. Un film dévoilé jeudi par L'Obs.

Comment une fille de gendarme née il y a 31 ans à Lorient, en Bretagne, a-t-elle pu devenir la première recruteuse de femmes djihadistes en France ? Tout semble avoir basculé pour Emilie König lorsqu'elle s'est convertie au contact de son premier mari, algérien d’origine. La jeune femme apprend alors l’arabe, se fait appeler Samra, se voile entièrement et, au contact du groupe islamiste nantais Forsane Alizza, entame sa radicalisation. 

Son parcours, sa personnalité et sa radicalisation font l'objet du  documentaire réalisé par la sociologue Agnès De Féo et publié jeudi par L’Obs . Jusqu'ici, Emilie König était surtout connue par une vidéo qu’elle avait diffusée elle-même sur les réseaux sociaux en 2013 et relayée par les médias. On l'y voyait entre autres s’entraîner à tirer au fusil à pompe, sous un niqab noir, au cri de "allahu akbar". Depuis, elle aurait déjà réussi à attirer plus de 200 Françaises dans les rangs de Daech. 

Le niqab, "sa seconde peau"

C’est dans le cadre d’une longue enquête sur le voile intégral en France que la sociologue Agnès De Féo l’a interrogé et filmée durant plusieurs mois, juste avant son départ en Syrie. Son niqab ? La Bretonne en parle comme d’une "seconde peau" dans la vidéo diffusée par L'Obs. C’est après la loi l’interdisant, en octobre 2010, que la jeune femme se met à le porter. "Comme pour attirer l'attention", commente Agnès de Féo. Après des plaintes de parents d'élèves, Emilie König devra demander à des voisins d'aller récupérer à sa place ses enfants à l'école. 

Dans le reportage publié par l'Obs, la djihadiste relate notamment un contrôle policier qui se serait mal passé, alors qu'elle se rendait en mairie pour régler la facture de la cantine de ses enfants, sous son voile intégral : "Une policière m’a palpée violemment et même les parties intimes (...) j’ai été humiliée, je me suis sentie sale", confie-t-elle à la sociologue. Toujours en 2010, elle est repérée, de nouveau voilée, près de la mosquée de Lorient, où elle tentait de distribuer des tracts appelant au djihad. Au printemps 2012, convoquée au tribunal de la ville, elle s'y présente en niqab, refuse de se dévoiler et provoque alors une altercation avec un vigile. Elle filme la scène et la poste rapidement sur Youtube, criant à la discrimination. "Je suis respectueuse, pourquoi on ne me respecte pas ? ", demande-t-elle à Agnès De Féo. Et d'ajouter : "Je ne supporte plus les gens". 

"Mère de celui qui pardonne"

Deux mois plus tard, Emilie König quitte la France pour la Turquie, d’où elle rejoint la Syrie et les rangs de Daech, laissant derrière elle ses deux fils. Elle fait alors partie des premiers Français à avoir franchi la frontière turque pour faire le djihad en Syrie. C’est en passant la frontière turco-syrienne que la jeune Bretonne devient Ummu Tawwab, littéralement "mère de celui qui pardonne". Mais elle n’ira pas plus loin que la région au nord d’Alep, et se marie avec un djihadiste français, aujourd’hui décédé, avec qui elle a un enfant.

Si elle ne prend pas part aux combats, dans un mouvement où les femmes ne sont pas considérées comme des combattantes potentielles et le plus souvent confinées à des rôles de soutien, elle apparaît souvent dans des vidéos de propagande. Depuis le 19 septembre 2015, Emilie König est la première femme djihadiste inscrite sur la liste noire des terroristes internationaux établie par les autorités américaines.

EN SAVOIR + 
>> 
3 djihadistes français, dont une femme, placés sur la liste noire de Washington
>>  Emilie König, fille de gendarme devenue une figure française majeure de Daech

Sur le même sujet

Et aussi

Lire et commenter

Alertes

Recevez les alertes infos pour les sujets qui vous intéressent