En Australie, des malades du Covid sont-ils forcés par l’armée d’aller dans un "camp de quarantaine" ?

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ISOLEMENT - Sur les réseaux sociaux, des antivax dénoncent l’existence de camps en Australie, dans lesquels des malades du Covid et leurs cas contacts seraient isolés de force. Si le centre d’Howard Springs existe depuis plusieurs mois, il n’emprisonne aucun habitant contre son gré.

"Des camps de quarantaine pour les malades ? Une prédiction de longue date des ‘complotistes’, qui voit le jour avec le camp Howard Springs en Australie", assure France Soir, article partagé à l'appui sur Twitter. En reprenant l’information selon laquelle des résidents australiens du Territoire du Nord, testés positifs au Covid ou cas contacts, auraient été emmenés de force vers des "camps de quarantaine", de nombreux antivax y ont vu un argument de plus vers la "dictature sanitaire". Et un parallèle évident avec les camps de concentration nazis. Florian Philippot, lui, a dénoncé le "totalitarisme fou" de l’Australie et appelé la France à "saisir le Conseil de sécurité de l’ONU d’urgence". Alors, de quoi parle-t-on ? Cette information circulant sur les réseaux sociaux est-elle avérée ? 

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D’abord, des centres de quarantaine existent effectivement dans le Territoire du Nord pour accueillir au départ les Australiens revenant de l’étranger et devant s’isoler pendant quatorze jours. Cette période de quarantaine est obligatoire, comme le rappellent les autorités locales du Territoire du Nord. Les centres de Howard Springs et d’Alice Springs, près de la ville de Darwin, sont spécifiquement dédiés pour cela depuis le mois de janvier et leur fonctionnement a été documenté par la presse. Ici en mai par la télévision publique australienne ABC News ou encore en juin par le Guardian.

Des quarantaines effectuées à domicile ou ailleurs

L’information principale dénoncée par les antivax repose sur une allocution du ministre en chef local, Michael Gunner. Celui-ci a annoncé que parmi les communautés aborigènes de Binjari et Rockhole, 8 malades du Covid ainsi que 38 de leurs cas contacts étroits avaient été identifiés puis placés à l’isolement dans des lieux de quarantaine. Il n’y fait aucune référence à des camps, comme on peut l’entendre dans cet extrait partagé par ABC News, mais bien à des lieux de quarantaine - en anglais des "facility quarantine". Néanmoins, ces personnes ont-elles été emmenées de force à Howard Springs ? 

Non, selon plusieurs sources concordantes. D’abord, les autorités locales ont défini des règles pour les cas contacts "étroits" des malades du Covid. Une quarantaine est obligatoire dans cette situation mais elle est possible dans le lieu de son choix, comme elles le détaillent sur leur site : "Rendez-vous directement à l’endroit où vous allez vous mettre en quarantaine (domicile, centre de quarantaine, hôtel ou autre logement)". Le gouvernement du Territoire du Nord précise aussi que "si vous ne parvenez pas à mettre efficacement en quarantaine les membres du ménage, suivez les instructions pour un contact étroit afin de pouvoir discuter d'un autre logement avec un agent de recherche des contacts"

Le témoignage d'un résident d'Howard Springs

Ces éléments sont corroborés par l’une des personnes placées à l'isolement, qui a livré son témoignage ce mercredi 24 novembre. "Je suis autochtone, positif au covid et je séjourne actuellement à l'installation de quarantaine de Howard Springs", écrit Luke Ellis sur Twitter, qui a publié des photos du centre où il explique être bien logé, bien nourri et en contact permanent avec ses proches. Il raconte notamment les difficultés de respecter une quarantaine dans son village, n'abritant que des logements surpeuplés : "La raison pour laquelle les gens sont déplacés de Binjari est que la surpopulation est un énorme problème à Binjari et à Rockhole. L'isolement à la maison n'est pas possible lorsque 20 à 30 personnes vivent dans une maison", développe-t-il. Des conditions de vie peu propices aux gestes barrières au sein de ces communautés et qui ont été décrites dans ce reportage d'ABC News, datant du 21 novembre.

Luke Ellis rejette également l'emploi de la force par l'armée ou les accusations de vaccination forcée qui ont pu circuler : "S'il s'agissait de soldats armés de fusils qui maintenaient les gens au sol et forçaient à faire des piqures, nous en aurions vu des photos ou des vidéos maintenant. Il y a des millions de vidéos de tas de choses qui se passent dans les communautés indigènes, à la fois les bonnes et les mauvaises." 

Si ce dernier a tenu à partager sa version des faits, c’est pour contrecarrer les arguments des antivax et leur vocabulaire emprunté à la Shoah : "Comparer ça à un génocide est dégoûtant. Ma grand-mère a été de la génération volée. Comparer ce que je vis dans ce centre à ce qu'elle et sa génération ont traversé est dégoûtant." Dans un communiqué relayé par le ministre en chef, les communautés aborigènes de Binjari et Rockhole ont également dénoncé les fausses rumeurs à leur encontre.

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En résumé, seuls les résidents du Territoire du Nord incapables de s'isoler correctement en raison de leurs conditions de logement ont été redirigés vers le centre de quarantaine de Howard Springs. L'objectif principal est d'endiguer les foyers de contamination qui se développent dans ces communautés, aujourd'hui confinées. La quarantaine est cependant obligatoire dans la région australienne mais elle peut être effectuée à domicile, dans un hôtel ou bien dans l’un de ces centres. Aucune mention n’est d’ailleurs faite par les autorités ni par les personnes concernées d’un quelconque camp, dans lequel elles seraient emmenées de force. 

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