Inde : près de 2 millions de personnes risquent de perdre leur citoyenneté

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CHASSE - Dans l'Etat indien d'Assam, 1,9 million de citoyens, pour la plupart de confession musulmane, ont été exclus du registre de citoyenneté publié samedi 31 août. Ce registre actualise une précédente liste de juillet 2018, où 4 millions d'habitants n'y figuraient pas et intervient dans un contexte de discrimination des citoyens musulmans.

1,9 million d’habitants de l’Etat d’Assam (nord-est) risquent de perdre leur nationalité et d’être expulsés vers le Bangladesh ou des pays voisins. Le gouvernement a tout simplement écarté ces personnes du registre de citoyenneté, estimant qu’elles étaient incapables de prouver que leur famille était installée dans le pays avant le 24 mars 1971. Les personnes concernées sont, pour la plupart, de confession musulmane.  

Cette date du 24 mars 1971 correspond à la veille de l’indépendance du Bangladesh et de l’exil de millions d’habitants vers l’Inde. L’Etat d’Assam se situant aux frontières avec le Myanmar et le Bangladesh, le gouvernement a créé ce registre afin de lutter contre l’immigration illégale, 31,1 millions d’habitants de l’Etat d’Assam sont ainsi enregistrés comme citoyens dans ce registre qui a été mis à jour, après une première version en juillet 2018 qui comportait des erreurs. À l’époque, 4 millions d’habitant de l’Assam n’y figuraient pas. 

Aujourd’hui, les 2 millions d’Indiens exclus du registre de citoyenneté peuvent toujours intenter une action en justice mais cette démarche requiert du temps et de l’argent. De plus, les magistrats du Tribunal des étrangers, nommés par le gouvernement, sont en majorité favorables à celui-ci et ne risquent pas de donner raison aux plaignants. 

À la veille de la publication de cette liste, l’Etat d’Assam, qui a craint des débordements, a considérablement renforcé sa sécurité. La région connait depuis des années de vives tensions inter-religieuses, qui n’ont fait que s’accentuer dans ce  contexte de "chasse" aux citoyens de confession musulmane de la part des autorités. Le premier ministre Narendra Modi et son parti nationaliste, le Bharatiya janata party (BJP), poussent aujourd’hui les Indiens de confession musulmane à devoir prouver leur nationalité avec des documents parfois impossibles à trouver. 

Etat "laboratoire du nationalisme hindou"

L’Etat d’Assam est décrit par beaucoup comme "un laboratoire du nationalisme hindou", depuis que le parti gouvernemental est arrivé au pouvoir en mai 2016. Et dans la région, la persécution à l’encontre des citoyens musulmans n’est pas chose nouvelle. Une loi de janvier 2019 a accordé la citoyenneté à toutes les minorités religieuses, à l’exception des musulmans et lors des élections législatives de mai dernier, 120 000 personnes se sont vu retirer le droit de vote. Des centres de détention ont été construits par le gouvernement afin d’y enfermer ces anciens citoyens devenus des migrants illégaux, comme le détaillait Le Monde en avril dernier. L’Inde abrite pourtant 200 millions de musulmans, soit 15 % de ses habitants et la deuxième plus grande population musulmane du monde. 

Expulser les "termites"

En janvier, l'Inde a adopté une loi accordant la citoyenneté aux personnes  ayant quitté le Bangladesh, le Pakistan et l'Afghanistan pour s'installer en  Inde au cours des six dernières années, à la condition qu'elles ne soient pas  musulmanes.

Cette mesure avait alimenté les craintes de la minorité musulmane indienne,  qui compte 170 millions de personnes.     Le ministre de l'Intérieur Amit Shah, bras droit du Premier ministre, avait  appelé à expulser les "termites". Avant la réélection en mai du BJP, il avait  déclaré vouloir "mener une campagne nationale visant à renvoyer les infiltrés".

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