Terrorisme : quand le "calife" du groupe État islamique informait les militaires américains

Terrorisme : quand le "calife" du groupe État islamique informait les militaires américains

CALIFE A LA PLACE DU CALIFE - Le n°1 de Daech depuis octobre 2019 a subi en 2007 et 2008 les interrogatoires de l'armée américaine en Irak. Alors membre d'une organisation encore secondaire, l'EI en Irak, il semble s'être montré particulièrement zélé pour dénoncer ses camarades.

Les autorités américaines avaient mis le temps avant de l'identifier. Lorsqu'un certain Abou Ibrahim al-Hachimi al-Qourachi devient le n°1 de Daech en octobre 2019, après la mort de son calife Abou Bakr al-Baghdadi, les services de renseignement manquent d'informations sur lui. Surnommé tantôt "le Destructeur", tantôt "le Professeur", on semble ignorer la trajectoire de cet homme de l'ombre. L'armée américaine fera finalement le lien avec un jeune militant arrêté à l'été 2007 en Irak, et qui s'était montré particulièrement coopératif : Amir Mohammed Abdul Rahman al-Mawla. 

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La bataille de Mossoul

Ancien officier de l'armée irakienne sous Saddam Hussein, Al-Mawla rejoint l'antenne nationale d'Al-Qaida après la chute du régime. Originaire de la région de Tall Afar, où il serait né en 1976, on lui prête des racines turkmènes. Cette origine non-arabe le disqualifiant pour prendre la tête du "califat", un tour de passe-passe sur ses origines a fait de lui un descendant direct du prophète. En prenant le patronyme al-Hachimi al-Qourachi, le désormais nouveau "calife" s'inscrit dans la lignée de la tribu qoraychite et du clan hachémite.

Présenté par certaines sources comme "le principal juge de l'État Islamique", en charge de l'application de la charia, il s'est aussi illustré pour son rôle majeur dans la campagne d'extermination de la minorité yézidie. Mais c'est une trace beaucoup plus ancienne que vient de révéler l'armée américaine. 

Prisonnier modèle, et informateur zélé

Arrêté en juillet 2007, le matricule M060108-01 va se montrer particulièrement coopératif, voire zélé. Des rapports d'interrogatoires, menés alors par des officiers américains, viennent d'être déclassifiés et publiés. Ils détaillent l'ensemble des informations recueillies de la bouche d'Al-Mawla, et donnent des éléments sur sa personnalité et le contexte de ces aveux apparemment spontanés. 

Le Pentagone avait déjà laissé filtrer des éléments qui montraient que le "calife" avait des antécédents d'informateur. Mais la quantité de documents publiés cette fois sont d'une toute autre ampleur : 53 rapports d'interrogatoire circonstanciés, étalés sur les quelques mois de détention du détenu, le dernier datant de la fin 2008.

Décrit comme un prisonnier modèle, Al-Mawla met une bonne volonté manifeste à dénoncer ses rivaux, particulièrement ceux du département "communication" de l'organisation, ainsi que les djihadistes non-irakiens.  Il a ainsi donné une description précise du QG de la branche média de l'État Islamique en Irak, jusqu'ici secret, allant même jusqu'à indiquer la couleur de la porte. "Il y a une enseigne qui indique 'vidéos de mariage' ", a-t-il même expliqué aux enquêteurs, "mais ce bureau n'a jamais produit aucun film de mariage".

Al-Mawla se serait montré encore plus loquace à propos de celui qui était alors le n°2 de l'organisation terroriste, Abou Qaswarah. Le détenu a dessiné la carte de son quartier général, et même donné le nom de son principal coursier. Quelques semaines plus tard, ce dirigeant de la nébuleuse Al-Qaïda sera tué lors d'un raid de l'armée américain, dans son fief de Mossoul. On peut supposer qu'Al-Mawla a ainsi téléguidé l'élimination d'un rival, au vu de sa progression rapide dans l'organisation par la suite.

Le détenu semble encore plus coopératif à chaque interrogatoire-

Un rapport note que "le détenu semble encore plus coopératif à chaque interrogatoire".  Al-Mawla aide les dessinateurs à élaborer des portraits-robots, et détaille les noms des cafés et restaurants préférés de ses camarades, ou les endroits où ils garent de préférence leurs voitures. Il guide même les enquêteurs militaires pour décrypter son répertoire téléphonique, leur donnant les numéros de dix-neuf dirigeants de son organisation. 

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Dirigeant de l'État Islamique alors que la réalité géographique du "califat" est quasiment anéantie, Al-Mawla sera peut-être déstabilisé par les révélations de ces interrogatoires- ce qui est sans doute l'objectif de leur publication par les autorités américaines. Sa désignation comme n°1 avait été critiquée dès le départ au sein même de l'organisation terroriste, où le soupçon de son passé d'informateur existait déjà.

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