Référendum en Turquie : Erdogan félicite son camp pour la victoire du "oui", l'opposition conteste les résultats

International
DirectLCI
TURQUIE - Des résultats partiels du référendum sur une réforme renforçant les pouvoirs du président Recep Tayyip Erdogan donnaient dimanche le oui en tête, selon les médias turcs.

Vers un renforcement des pouvoirs de Recep Tayyip Erdogan. Quelque 55.3 millions d'électeurs ont tranché en faveur du président turc,  à l'occasion d'un référendum sur une révision constitutionnelle. Celle-ci prévoit notamment la suppression du poste de Premier ministre au profit d'un hyperprésident qui concentrerait entre ses mains de vastes prérogatives.


Le oui l'emporte avec 51,34% des voix, sur 99% des urnes dépouillées, selon les résultats publiés par l'agence Anadolu. Un résultat confirmé par l'autorité électorale en fin de soirée : au cours d'une conférence de presse, le chef du Haut-Conseil électoral (YSK), Sadi Güven, a affirmé que le "oui" devançait le "non" de quelque 1,25 million de voix, avec seulement 600.000 bulletins de vote qui restent à dépouiller, ajoutant que le résultat définitif serait annoncé "d'ici à 11 ou 12 jours".

"Décision historique"

Recep Tayyip Erdogan, lui, a d'ores et déjà salué "une décision historique", estimant que les résultats sont "clairs" et appelant ses partisans pour les féliciter.  "Nous voulons que les organisations et les pays étrangers respectent la décision de notre nation", a-t-il ajouté. Peu après, il a évoqué la possibilité d'organiser un nouveau référendum, cette fois-ci sur le rétablissement de la peine capitale. Une initiative qui sonnerait le glas du processus d'adhésion de la Turquie à l'Union européenne.


Le "non" est très légèrement devant à Istanbul alors que le "oui" menait d'une courte tête dans la capitale Ankara. Les régions peuplées en majorité de Kurdes du sud-est ont massivement voté contre l'accroissement des prérogatives du chef de l'Etat. Selon CNN, le taux de participation serait pour l'instant de 86%. 


>> Pour consulter la carte des résultats en temps réel, le lien de notre partenaire CNN 

En vidéo

Référendum en Turquie : la tension est perceptible dans les bureaux de vote

L'opposition dénonce une campagne inéquitable

Avant même les résultats officiels, le principal parti d'opposition laïque en Turquie, le CHP (Parti républicain du peuple), a annoncé qu'il allait demander un nouveau décompte jusqu'à 60% des bulletins, a annoncé son vice-président, Erdal Aksunger. Le CHP avait dénoncé un peu plus tôt des "actes illégaux" au bénéfice du camp du oui et un changement de procédure validé à la dernière minute par les autorités. 


Le gouvernement présente cette révision constitutionnelle comme indispensable pour assurer la stabilité du pays et lui permettre d'affronter les défis sécuritaires et économiques. Mais l'opposition dénonce la dérive autoritaire d'un homme qu'elle accuse de chercher à museler toute voix critique, surtout depuis le putsch manqué il y a neuf mois. Et pour cause : s'il l'emporte, Recep Tayyip Erdogan disposerait d'un pouvoir considérablement renforcé et pourrait en théorie rester président jusqu'en 2029. Le dirigeant âgé de 63 ans a occupé le poste de Premier ministre entre 2003 et 2014, avant d'être élu président.


Si le texte est approuvé, "il enclencherait la restructuration la plus drastique des 94 ans d'histoire de la politique turque et de son système de gouvernance", selon un rapport signé par Sinan Ekim et Kemal Kirisci, du thinktank Brookings Institution. L'opposition et les ONG ont déploré de leur côté une campagne inéquitable, avec une nette prédominance du oui dans les rues et les médias. Le parti prokurde HDP a ainsi dû faire campagne avec ses deux coprésidents et nombre de ses élus en prison, accusés de liens avec le Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK).

Sur le même sujet

Plus d'articles

Lire et commenter