En Espagne, feu vert à l'exhumation controversée de Franco

En Espagne, feu vert à l'exhumation controversée de Franco

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MÉMOIRE - Le gouvernement socialiste espagnol a approuvé vendredi le décret permettant l'exhumation de l'ancien dictateur Franco de son mausolée de Valle de los Caidos. Sauf que cette décision suscite la polémique.

Près d'un demi-siècle après sa mort, Franco provoque une fracture politique en Espagne. Le gouvernement, arrivé au pouvoir le 1er juin dernier, a adopté ce vendredi un décret afin de déplacer la dépouille du dictateur, estimant que sa place n'est pas dans le mausolée monumental où il repose actuellement, à Valle des los Caidos. Sauf que sa famille et l'opposition ne l'entendent pas ainsi, et espèrent faire fléchir les autorités.


La polémique a débuté en juin quand, après la chute du conservateur Mariano Rajoy, le chef du nouveau gouvernement Pedro Sanchez a dévoilé ses intentions. "L'Espagne ne peut pas se permettre, en tant que démocratie consolidée et européenne, des symboles qui divisent les Espagnols", avait-il plaidé, en soulignant que l'existence d'un mausolée abritant la dépouille d'un ancien dictateur serait "inimaginable en Allemagne ou en Italie". 

Veto de la famille de Franco

Un mausolée en l'occurrence impressionnant : situé dans les montagnes à 50 kilomètres de Madrid et surplombé par une croix de 150 mètres de haut, il abrite aussi les corps de quelque 27.000 combattants franquistes et d'environ 10.000 opposants républicains, raison pour laquelle le dictateur le présentait comme un lieu de "réconciliation". Mais pour Pedro Sanchez, il s'agit surtout d'un symbole de division et de mépris pour les républicains : leurs corps ont été extraits de fosses communes et de cimetières, y ont été transférés sans que leurs familles soient prévenues. En outre 20.000 prisonniers politiques ont participé à sa construction entre 1940 et 1959.


Le décret, adopté vendredi en conseil des ministres, doit désormais être voté par le Parlement où les socialistes pourront compter sur les voix de la gauche radicale de Podemos, des indépendantistes catalans et des nationalistes basques pour atteindre la majorité. Reste à savoir ce que la dépouille du dictateur va devenir. La solution la plus plausible serait de transférer la dépouille de Franco dans le caveau familial du cimetière du Pardo, près de Madrid. Mais la famille de l'ancien dictateur est farouchement opposée à ce qu'il quitte son mausolée. 

"Ressusciter les fantômes du passé"

En outre, preuve que le débat est vif dans le pays sur la mémoire de la guerre civile et du franquisme, le gouvernement se heurte à un tir de barrage du Parti Populaire (PP, droite). Le premier parti au Parlement a déjà annoncé qu'il déposerait un recours devant la Cour constitutionnelle. "Il importe plus (à Pedro Sanchez) de ressusciter les fantômes du passé que de tenter de séduire les gens avec l'avenir. Il s'intéresse plus à rouvrir les blessures déjà cicatrisées de notre pire passé plutôt que de se concentrer sur notre meilleur présent", a dénoncé le nouveau numéro un du PP, Pablo Casado.


En attendant l'exhumation de l'ancien dictateur, certains Espagnols ont semblen-t-il décidé de se rendre une dernière fois au mausolée controversé. Selon le Patrimoine national, organisme public gérant le mausolée, les visites y ont bondi depuis l'annonce de Sanchez : 38.269 visites en juillet contre 23.135 en juin.

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