En Inde, des hôtels de luxe réquisitionnés pour accueillir des malades

En Inde, des hôtels de luxe réquisitionnés pour accueillir des malades
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PANDÉMIE - L'épidémie de Covid-19 fait toujours rage en Inde, qui compte à ce jour un demi-million de cas officiels. La capitale New Delhi est désormais la ville la plus touchée du géant d'Asie du Sud. Au point que certains hôtels de luxe sont transformés en centres Covid.

L'Inde, qui a officiellement franchi ce samedi la barre des 500.000 cas de nouveau coronavirus, est touchée de plein fouet par l'épidémie de Covid-19. Les hôpitaux sont surchargés et chaque jour, les personnes positives sont toujours plus nombreuses. Car avec la levée du confinement, l'activité a repris et avec elle, la circulation du virus. A New Delhi, on compte désormais 73.000 malades et 2.400 morts depuis le début de la pandémie. 

Début juin, le gouvernement de la mégapole a annoncé s'attendre à plus d'un demi-million de cas de Covid-19 fin juillet pour la seule capitale, soit une multiplication par près de vingt en deux mois. Cette flambée nécessiterait, selon les estimations officielles, 80.000 lits d'hôpitaux. Delhi n'en compte que 13.000 en temps normal, en additionnant ceux du public et du privé. La situation est telle que la ville est obligée d'employer les grands moyens pour faire face à l'afflux de patients : elle a ordonné la réquisition d'hôtels de luxe, de wagons de train et de salles de réception pour les accueillir. Et ce sont les employés de ces hôtels qui seront chargés de prêter main-forte au personnel hospitalier. 

Des lieux destinés à accueillir les cas les moins graves

"Nous avons reçu une formation de l'hôpital sur la manière de porter l'équipement de protection individuelle et de l'enlever. C'est quelque chose que je n'aurais jamais pensé avoir à faire au cours de ma carrière dans l'hôtellerie", témoigne auprès de l'AFP Ritu Yadav, un manager de l'hôtel Suryaa, où les premiers malades arriveront sous peu. "Pour les médecins et infirmières, cela fait partie de leur vie. Pour nous, c'est une expérience totalement nouvelle, et très éprouvante"

Dans son hôtel, deux cents lits sont prévus pour accueillir les malades les moins touchés : asymptomatiques ou patients présentant des symptômes modérés. L'établissement ne pourra pas leur facturer plus de 60 euros par jour, repas compris. La nourriture sera amenée sur des assiettes en carton jetables. Des lignes rouges ont été tracées pour mettre en œuvre la distanciation physique, et les contacts entre le personnel et les patients se limiteront au strict nécessaire. Pour développer leurs capacités d'accueil de malades, les autorités ont ainsi réquisitionné une trentaine d'hôtels. Chaque établissement est rattaché à un hôpital référent, qui peut dépêcher des soignants en cas d'urgence. 

Mais cette réquisition a outré certains hôtels, qui font déjà face à de lourdes pertes financières en raison des deux mois de confinement du pays et des nombreuses restrictions de déplacement qui perdurent. "Ça a été un choc pour nous car personne ne nous en a parlé, nous avons découvert cela par la presse", raconte à l'AFP Greesh Bindra, un gérant du Suryaa. Des propriétaires d'hôtels, dont ceux du Suryaa, ont d'ailleurs saisi la justice. Ils ont tenté de faire valoir que beaucoup de leurs employés avaient plus de 50 ans et étaient donc à risque, et que leur personnel n'avait aucune formation pour prodiguer des soins ou gérer des déchets bio-médicaux. Le tribunal ne leur a donné que partiellement raison : plutôt que de servir d'hôpitaux de campagne, les hôtels ne seront que des centres d'accueil pour les malades les moins graves.

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Outre les hôtels, un immense centre religieux est également en train d'être reconverti en hall d'isolement d'une capacité à terme de 10.000 lits, pour beaucoup confectionnés à partir de boîtes en cartons et de métal. Long d'un kilomètre, le chantier est colossal. A ces lits, il faudra aussi rajouter et installer des ventilateurs et la climatisation : la saison de la mousson peut faire monter la température à plus de 40 degrés. Les autorités veulent faire de ce centre le symbole de la lutte contre le coronavirus en dépit du manque de personnels et de matériels pour accueillir les malades graves dans les hôpitaux. 

Si le pays a décidé de réquisitionner tout ce qui était possible pour accueillir les malades, c'est que la pandémie va continuer de faire rage ces prochaines semaines. Ravikant Singh, fondateur de "Doctors For You", ONG indienne qui va gérer un centre de soin dans une salle des mariages, souligne qu'à Delhi, il y a plus de 4.000 nouveaux cas par jour. "Nous avons donc besoin de lits supplémentaires avec l'approvisionnement en oxygène. C'est pourquoi nous avons défini, selon la modélisation mathématique, que probablement la première semaine de juillet, les cas à Delhi atteindront leur maximum. ( )  Nous devrions nous préparer au pire scénario à l'avenir", prévient-il. 

Dans un hôpital privé de Delhi, la maternité a été reconvertie en urgence en centre d'accueil Covid. Mais encore faut-il avoir les moyens de se payer une journée en réanimation. Là-bas, elle est facturée 600 euros et il y a une liste d'attente. 

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