En Italie, le casse-tête des (nombreux) biens saisis à la mafia

En Italie, le casse-tête des (nombreux) biens saisis à la mafia

BANDITISME — L’Etat italien est désormais à la tête de quelque 3.000 entreprises et propriétaire de plus de 12.000 biens immobiliers. Un casse-tête en termes de gestion, même si certains biens connaissent une seconde jeunesse.

« En Italie, il est plus difficile de gérer les biens saisis à la mafia que de les confisquer. » Michelangelo Patanè, procureur à Catane, a décrit ce mercredi le casse-tête auquel sont confrontées les autorités italiennes : conséquence d'années de lutte contre Cosa Nostra en Sicile, la Camorra à Naples ou la 'Ndrangheta en Calabre, l'Etat est aujourd'hui à la tête de quelque 3.000 entreprises et propriétaire de plus de 12.000 biens immobiliers. Reste à savoir ce que le pays va en faire.

« Nous avions un patrimoine immobilier, de sociétés et autres biens mafieux saisis qui avait grandi plus que prévu », a expliqué à l'AFP le préfet Umberto Postiglione, directeur de l'Agence nationale pour la gestion des biens confisqués à la mafia (ANSBC), créée en 2010 pour tenter de remédier à ce trop-plein. Les chiffres sont impressionnants : au cours des six dernières années, la justice a confisqué à la mafia 1.286 hectares de terrains, soit l'équivalent d'un dixième de la superficie de Catane, selon une étude du parquet de cette ville. Le nombre des employés dans les entreprises saisies a atteint 684 personnes sur la même période, faisant de ce groupement le 4e plus grand employeur privé de la Sicile.

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Une villa reconvertie en musée

Il faut dire que la saisie des biens est considérée comme une des principales armes dans la lutte contre la mafia. « Le mafieux craint davantage la saisie de ses biens que dix ans de prison car ces dix ans, il les prend en compte dans ses projets », affirme Giuseppe Giuffrida, expert-comptable et gestionnaire depuis vingt-cinq ans de sociétés saisies à la mafia. Au fil du temps, les mafias se méfient : « A Naples, deux des employés de l'agence sont allés, accompagnés par la police, prendre possession d'une maison saisie à un mafieux local », se souvient Umberto Postiglione. « Quand ils ont introduit la clé donnée par l'ancien propriétaire dans la serrure, ils ont été projetés sur le mur d'en face par une décharge de 380 volts. Heureusement que l'on ne voulait pas les tuer. »

Quand ils n’explosent pas, certains biens peuvent avoir une nouvelle vie plus « honorable ». Par exemple la villa d'un boss napolitain, Egidio Coppola, devenue fin juin un musée. Et, au traditionnel marathon de Rome au printemps, il n'est pas rare de voir une Porsche Cayenne arborant le logo de la Croix-Rouge italienne et l'inscription : « véhicule confisqué à la pègre ».

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