Enfants migrants séparés de leurs parents : cinq questions sur la polémique qui enfle aux Etats-Unis

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INTERNATIONAL - Donald Trump a revendiqué à deux reprises lundi et mardi sa fermeté extrême aux frontières malgré le tollé provoqué par la séparation de plus de 2.300 mineurs arrachés à leurs parents sans papiers. On vous explique cette polémique.

Plus de 2.300 mineurs arrachés à leurs parents sans papiers. Depuis plusieurs jours, la politique de fermeté de l'administration Trump envers les migrants à la frontière mexicaine suscite une levée de boucliers. Mais le président demeure inflexible : "Les Etats-Unis ne deviendront pas un camp pour migrants", a-t-il martelé lundi. Une position réaffirmée mardi : "Je ne veux pas que les enfants soient séparés de leurs parents. Mais lorsque vous inculpez des parents pour entrée illégale dans le pays, ce qui doit être fait, vous devez séparer les enfants".


Des propos chocs mais également stratégiques, puisqu'il s'agit également dans son esprit de batailler avec les démocrates pour pousser à une réforme de l’immigration, laquelle patine depuis des mois au Congrès. 

Pourquoi cette politique de la "tolérance zéro" ?

L'administration américaine fait face à un empilement de quelque 600.000 dossiers de demande d'asile. L'immigration illégale reste surtout élevée à la frontière avec le Mexique : de mars à mai, plus de 50.000 personnes y ont été appréhendées chaque mois. Environ 15% de ces clandestins arrivent en famille et 8% sont des mineurs non accompagnés.


Depuis le printemps dernier, les autorités ont décidé d'appliquer le volet pénal de la loi "Immigration and Naturalization Act" à l'encontre des étrangers entrés illégalement aux Etats-Unis. Les précédents gouvernements, eux, se contentaient de privilégier des poursuites au civil : cela permettait de détenir durant un temps les étrangers dans des centres de rétention administrative, en famille, ou de trouver des voies alternatives à la détention, en attendant l'examen au tribunal de leur demande d'asile. 

Pourquoi une séparation entre les enfants et leurs parents ?

Avec les poursuites au pénal, la "tolérance" que permettait la procédure civile n'existe plus. En effet, quand des adultes sont détenus dans le système pénitentiaire pour des délits pénaux, leurs enfants ne peuvent les suivre en prison : ils sont donc confiés à l'Office de relocalisation des réfugiés (ORR), qui dépend du ministère de la Santé et des services sociaux. Plus de 2.300 enfants et jeunes migrants ont ainsi été séparés en cinq semaines de leurs parents accusés d'avoir franchi illégalement la frontière aux Etats-Unis, ce qui a provoqué la polémique que l'on constate ces derniers jours.  Le gouvernement de Donald Trump soutient que cette séparation a un effet dissuasif sur les candidats à l'immigration illégale. Il affirme aussi que la loi en vigueur oblige à séparer enfants et parents. Ce qui est inexact.

Pourquoi cette politique embarrasse-t-elle Washington ?

Car elle n'est pas voulue par la majorité des Américains. Deux tiers d'entre eux rejettent cette politique, mais une majorité de républicains y sont favorables, selon deux sondages, Quinnipiac et CNN, publiés lundi. En outre, elle a occasionné une rarissime intervention : la Première dame Melania Trump a dit dimanche "détester voir des enfants séparés de leur famille". L'ex-Première dame Laura Bush a elle aussi rompu sa traditionnelle discrétion avec des mots forts, en dénonçant une politique "cruelle". Des mots retweetés pas une autre ancienne occupante de la Maison Blanche, Michelle Obama. 

Pourquoi la polémique dépasse-t-elle les frontières américaines ?

Les critiques pleuvent depuis plusieurs jours. "Inadmissible", s'est indigné l'ONU. "Ce n'est rien de moins que de la torture", a renchéri Erika Guevara-Rosas de l'ONG Amnesty International, justifiant ses mots en soulignant "la sévère souffrance mentale infligée intentionnellement sur ces familles" pour "en décourager d'autres d'essayer d'entrer aux Etats-Unis". "Je ne veux pas qu'il se passe en Europe ce qu'il se passe aux Etats-Unis", a souligné Benjamin Griveaux sur France 2.

Barack Obama était-il plus indulgent que Donald Trump ?

Oui et non. Certes, durant son mandat, des enfants ont été séparés des adultes avec lesquels ils sont entrés aux Etats-Unis. Mais seulement quand la relation filiale n'avait pu être établie, en cas de suspicion de trafic de mineurs ou encore par manque de place dans les centres de rétention pour les familles. En outre, les décisions des tribunaux fédéraux ont poussé le gouvernement Obama à relâcher des centaines de familles demandant l'asile, notamment après un pic d'arrivées à l'été 2014. Beaucoup de ces migrants se sont évanouis dans la nature avant leur comparution devant un juge de l'immigration, une situation vivement dénoncée par l'actuel président républicain. A noter que Barack Obama a beaucoup plus expulsé que ses prédécesseurs, avec au moins 2,4 millions de personnes raccompagnées à la frontière ou renvoyées dans leur pays.

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