"Enfin" : comment l'Algérie réagit aux déclarations de Macron sur la torture

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APAISEMENT - Au lendemain de la déclaration d'Emmanuel Macron dans laquelle il reconnaît l'existence d'un "système" de "torture" pendant la guerre d'Algérie, la réaction des Algériens semble positive. Revue de presse.

"Depuis ce matin je suis émue. J'ai des difficultés à retenir mes larmes. J'attendais cette nouvelle, elle est très belle, très grande. Vraiment, ça me donne chaud au cœur. Surtout, je vais arriver enfin à faire mon deuil, parce que le trauma est tellement profond qu'il est palpable tous les jours". Ces mots sont ceux de Louisette Ighilahriz, une militante nationaliste algérienne de 82 ans, interviewée ce vendredi, au micro de la radio RFI. "Aujourd'hui, c'est un soulagement", poursuit cette ancienne du FLN, qui dit avoir été "torturée, violée, violentée, du 1er octobre 1957 au 16 décembre 1957 à la 10e DP du général Massu" et qui demandait la "reconnaissance" des exactions de l'armée française depuis de longues années.

La radio française fait état de réactions positives en Algérie, après la reconnaissance par Emmanuel Macron, jeudi, de l'existence d'un "système légalement institué" par l'État français pendant la guerre d'Algérie, permettant le recours à la torture contre des civils et des combattants, dont le militant communiste Maurice Audin. Si de nombreux médias algériens ont relayé les déclarations du président français, certains se félicitent explicitement de cette annonce.


Le journal El Watan, dans un article titré "Assassinat de Maurice Audin : La vérité… en Marche !" se réjouit que "la France [reconnaisse] enfin sa responsabilité" dans ces "crimes d'État" et estime que Maurice Audin est "devenu, tout au long de ces soixante ans, le symbole de la lutte pour la justice et la vérité au profit des victimes de la torture et des disparitions forcées qui incombent à l'armée coloniale française". Pour El Watan, "cette déclaration sert à relancer et à redynamiser le travail de mémoire et de vérité plutôt qu'à l'achever".

Une première réaction officielle

Le gouvernement algérien a également réagi, par la voix de son ministre des Moudjahidine (anciens combattants) Tayeb Zitouni ce  dernier a qualifié la reconnaissance de la France d'"avancée" et de "pas positif louable", estimant que la déclaration d'Emmanuel Macron "est une preuve qu'il y aura davantage de reconnaissances". Et d'ajouter que les crimes français "ne peuvent être niés que par un oublieux et un ignorant de l'histoire". Tayeb Zitouni a également précisé que "les commissions en charge des dossiers de restitution des archives nationales liées à la période coloniale et des crânes des résistants algériens se trouvant au Musée de l'homme de Paris ainsi que l'indemnisation des victimes des essais nucléaires au Sahara algérien 'sont encore à pied d'oeuvre et leurs résultats connus prochainement'", selon plusieurs médias algériens.


Pour Saïd Salhi, le vice-président de la Ligue algérienne pour la défense des droits de l’homme (LADDH), l'annonce d'Emmanuel Macron est aussi une étape vers d'avantage de reconnaissance. Dans Middle Est Eye, il salue "un geste qui va permettre d’apaiser le débat mais qui ne doit pas empêcher d'élargir la responsabilité de l'État à toutes les atteintes aux droits de l’homme commises pendant la guerre de libération".

La guerre reste encore une plaie ouverte parce qu'ils ne savent pas ce qu'il est advenu d'un parent, d'un frère, d'un oncleSlimane Zeghidour

Face à ces réactions globalement positives, l'écrivain et journaliste franco-algérien Slimane Zeghidour, analyse sur TV5 Monde que "cette décision est d'autant mieux acceptée qu'elle était attendue. Elle met du baume au cœur de beaucoup de gens pour qui la guerre reste encore une plaie ouverte parce qu'ils ne savent pas ce qu'il est advenu d'un parent, d'un frère, d'un oncle, qui a disparu sans laisser de traces." L'éditorialiste, qui raconte avoir discuté de la déclaration d'Emmanuel Macron avec plusieurs Algériens, affirme que "s'ils ne réalisent pas toute la portée de cette décision, ils l'ont accueillie avec une satisfaction pudique", et anticipe que "ce geste (...) va vers plus d'apaisement et de meilleures relations entre les deux peuples".

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