Enquête russe : le témoignage de Robert Mueller devant le Congrès américain peut-il marquer un tournant dans la campagne de 2020 ?

International
États-Unis - Mercredi 23 juillet, l’ancien procureur spécial Robert Mueller, qui a enquêté sur les soupçons d’ingérences russes dans l’élection présidentielle américain de 2016, sera entendu par le Congrès américain. Ce témoignage inédit peut-il marquer un tournant dans la campagne présidentielle de 2020 ? Éléments de réponse.

Pour la première fois, à l'occasion d'une audience marathon retransmise mercredi 23 juillet en direct dans les foyers américains, l'ancien procureur spécial Robert Mueller devra répondre aux questions des membres du Congrès américain au sujet de ses conclusions concernant les ingérences de Moscou dans la campagne de 2016. L'ex-chef du FBI souhaitait pourtant éviter l'exercice et s'en tenir aux conclusions contenues dans son rapport d'enquête. Un rapport de plus de 400 pages remis en mars après 22 mois d'investigation. "Le public a le droit d'entendre la vérité de la bouche de Mueller lui-même, sur la conduite inappropriée de Trump et les risques persistants pour la sécurité nationale", a déclaré le démocrate Adam Schiff qui préside l'une des deux commissions chargées d'auditionner l'ex-procureur spécial. 


Un témoignage que les démocrates, majoritaires à la Chambre des représentants depuis les dernières élections de mi-mandat en 2018, souhaitent être accablant pour Donald Trump à seize mois de la présidentielle 2020. Mais le président américain ne le voit pas de cet œil là et a minimisé lundi la portée de l'audition, estimant que ce n'était qu'"une perte de temps" avant d'ajouter qu'il ne regarderait pas. 

Cette audience inédite en direct peut-elle vraiment marquer un tournant dans la campagne présidentielle de 2020, comme l'espèrent les démocrates ? "Pas du tout. Je ne crois pas qu'il y aura un bouleversement à la suite de ces auditions", estime Nicole Bacharan, historienne et politologue spécialiste de la politique et de la société américaine, contactée par LCI. "Mueller a reçu une lettre du ministre de la Justice (dont il dépend) rendue publique et qui lui donne l'ordre d'en aucun cas déborder de son rapport", explique la politologue. Si les démocrates vont essayer de le pousser à aller plus loin pour savoir si Donald Trump est coupable ou non de collusion avec la Russie, il ne faut donc pas espérer que l'ex-chef du FBI dévie de sa ligne. "On connait Mueller bien avant ce rapport [...] ce n'est pas quelqu'un sujet à des impulsions, bien au contraire !"

Une procédure de destitution vouée à l'échec

De plus, judiciairement, Donald Trump ne risquerait rien. Si le rapport décrit une campagne agressive de Moscou pour favoriser son élection, ainsi que de nombreux contacts entre la Russie et l'entourage du candidat républicain, le procureur spécial estime néanmoins qu'il n'a pas réuni de "preuves" d'une collusion. "Mueller a conclu que de toute façon, on ne pouvait pas inculper un président en exercice avec les éléments en sa possession. Il faudrait attendre qu'il ne le soit plus", explique Nicole Bacharan.


Qu'en est-il alors d'une possible procédure de destitution ? Fortement envisagée par certains élus démocrates, elle serait vouée à l'échec : "C'est une procédure en deux temps, la chambre puis le Sénat. La majorité républicaine du Sénat ne lâchera jamais Trump donc voter des articles d'impeachment à la chambre et faire de lui un martyr en sachant que la procédure échouera... les démocrates ont besoin d'avoir des éléments encore plus incontestables."

 

Enfin, la politologue considère que le caractère médiatique de ces auditions ne changera en aucun cas l'avis de l'opinion publique, les camps étant bien trop tranchés. "Les gens qui détestent Trump sont convaincus qu'il est coupable [...] et les gens qui le soutiennent, le soutiennent quoi qu'il arrive. Ils ne changeront pas d'avis. Ils seront juste confortés dans le fait que les démocrates veulent la peau de Trump."

Donald Trump lui, estime qu'il a été "totalement exonéré" par le procureur spécial, désireux de refermer le dossier et de se tourner résolument vers sa campagne de réélection qu'il a officiellement lancée le 18 juin dernier en Floride.

Sur le même sujet

Et aussi

Lire et commenter