Gênes : entre colère et désir d’intimité, la moitié des familles de victimes n’ira pas à l'hommage national

DEUIL NATIONAL - En pleine polémique, l’Italie a commencé à enterrer les victimes de l’effondrement du viaduc à Gênes. Des funérailles solennelles sont prévues ce samedi, en fin de matinée, en présence de toutes les plus hautes autorités du pays. Une cérémonie d’Etat que la moitié des familles a d’ores et déjà refusé.

Quatre victimes de l’effondrement du viaduc à Gênes ont été enterrées ce vendredi 17 août. Leurs familles ont fait le choix de leur dire adieu dans la Basilique de Santa Croce, à Torre del Greco, en Italie. Ces jeunes venaient de cette ville de la province de Naples. Comme eux, une vingtaine d’autres corps auront des funérailles dans leur village d’origine. Loin de la cérémonie d’Etat. Un hommage national est en effet prévu samedi en fin de matinée dans un hall du centre d'exposition de Gênes, en présence de toutes les plus hautes autorités de l'Etat dont le président Sergio Mattarella. 

Comme le décrit un reporter du journal italien Corriere della Serra, c’est dans une ambiance lourde et pénible que la Basilique de Santa Croce a enterré ses quatre des six victimes napolitaines. Selon le quotidien italien, peu avant l'arrivée des corbillards, une bannière a été retirée de la façade de l’église. Elle portait l’inscription : "D'un Etat arrogant, des victimes innocentes". Une phrase provocante, en réponse à la polémique autour des représentants de l’Etat italiens. Ils sont accusés par une partie de la population de récupération politique. Une colère qui se fait particulièrement ressentir dans les propos des parents de ces jeunes victimes qui ont trouvé la mort sur la route des vacances. Elles étaient parties ensemble dans un road trip qui devait les amener jusqu’à Nice et Barcelone. La mère d’un des garçons juge que l’Etat est fautif. "C'est l'Etat qui a provoqué cela, qu'ils ne se montrent pas : le défilé des politiques a été honteux", a ainsi déploré Nunzia dans les colonnes du quotidien La Stampa. 

Nos enfants ne sont pas un outil pour les podiums publics Roberto, père d’une victime

Un mécontentement partagé par les autres parents. Roberto, le père d’un des garçons de la même bande, s’est insurgé sur les réseaux sociaux. "Mon fils ne deviendra pas un numéro dans le catalogue des morts provoquées par les manquements italiens", a-t-il écrit sur Facebook, avant de promettre : " Je veillerai à ce que justice soit faite pour lui et pour les autres : il ne faut pas oublier." Car à ses yeux, la commémoration prévue par l’Etat est une "farce funèbre" qui utilise ses enfants comme "un outil pour les podiums publics". Grande farce à laquelle il préfère amplement "une cérémonie à la maison". Il en veut énormément au gouvernement et à sa récupération politique d’avoir mis à mal sa douleur privée. Mais dans une interview donnée à  Il Mattino.it, il conclut en rappelant : "Que ce soit le gouvernement actuel ou les précédents, la négligence et le manque d'intérêt pour les citoyens sont évidents. Maintenant, pleurons en privé. " 

Comme ces deux parents, 17 des 38 familles de victimes ont d'ores et déjà fait savoir qu'elles ne souhaitaient pas s'associer à cette cérémonie, selon les chiffres donnés par La Stampa, noms à l’appui. Pour une bonne partie, elles estiment aussi que l'Etat est responsable du drame. "Je n’ai plus confiance en cet Etat", déplore ainsi Denise. Elle est la sœur d’un ancien basketteur, décédé avec sa femme et ses deux enfants. Elle a fait savoir que leur enterrement sera fait en privé, à Pignerol, dans le nord du pays. Un désir d’intimité partagé par une Génoise d’origine. Elle a  préféré enterrer sa fille  dans une petite Eglise, loin du centre d'exposition de Gênes où est prévu l’hommage national. "Je n’aime pas ces choses publiques", a-t-elle ainsi expliqué, pleine d’une douleur qu’elle préfère exprimer en privé. 

La cérémonie officielle est prévue samedi à 11h. Elle s'annonce compliquée pour les institutions italiennes, qui devront faire face, avec diplomatie, à l'embarras de funérailles réduites de moitié par la colère et la méfiance.

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Effondrement d'un viaduc à Gênes

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