Entre compassion et dénonciation, comment l'arrivée de Carlos Ghosn est perçue depuis le Liban

Carlos Ghosn : "C'est moi seul qui ai organisé mon départ" du Japon, affirme l'ex-patron en fuite
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Carlos Ghosn : l’ex-patron de Renault rattrapé par les affaires

LIBAN - Carlos Ghosn a fui le Japon, où il était poursuivi pour des malversations financières présumées, pour le Liban, où il est arrivé lundi. Un pays dont il a la nationalité. Mais vu de Beyrouth, comment réagit-on à cette arrivée ?

C’est dans sa luxueuse demeure du quartier d’Achrafiyeh, à l’est de Beyrouth, que Carlos Ghosn a terminé lundi soir sa folle cavale entamée depuis le Japon. Depuis, l’ancien patron de Renault-Nissan demeure invisible, se tenant loin des regards. A ce jour, seule une photo de l'ex-patron, prise lors du réveillon du 31 décembre et que TF1 et LCI se sont procurée, a filtré. Mais, aussi discret soit-il, Carlos Ghosn est au cœur des discussions au Liban, suscitant critiques ou au contraire compassion.

Le choix du Liban pour son exil n’est pas un hasard : Carlos Ghosn y a vécu de 6 ans à 17 ans. Il y dispose aujourd'hui de plusieurs investissements, notamment dans le secteur immobilier ou avec le domaine viticole Ixsir, qu'il a cofondé. Son visage est bien connu des Libanais : en 2017, un timbre avait par exemple été émis à son effigie. A cette occasion, Carlos Ghosn avait indiqué à L'Orient-Le Jour que ses investissements au Liban étaient "sa façon de préserver ce lien avec le pays" et, au delà des "opportunités de business", une manière "d'aider le Liban en contribuant à son développement économique".

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Le Liban "n'attire que des voleurs"

Deux ans et une fuite rocambolesque plus tard, son retour précipité au Liban interpelle. "Ils ne peuvent pas le traiter de cette façon, c'est porter atteinte à sa dignité et son honneur", s’est ainsi indignée auprès de la presse une voisine, installée dans l'immeuble accolé à la villa de l’ancien dirigeant. Et d’ajouter : "Nous, ses voisins, avons énormément de respect pour lui. Il est un exemple de réussite pour les Libanais". Le journaliste Ricardo Karam, réputé proche de Carlos Ghosn qu'il a reçu à plusieurs reprises sur son plateau de télévision, a lui aussi salué le coup de théâtre. "Bienvenue à la liberté et aux droits de l'Homme", a-t-il écrit sur Twitter.

D’autres voix, moins élogieuses, se sont également élevées. Lucien Bourjeily, réalisateur de cinéma qui soutient avec ferveur la contestation au Liban, s'est amusé de voir Carlos Ghosn critiquer le système judiciaire japonais. "Il est venu pour le confort et "l'efficacité" d'un système judiciaire libanais qui n'a jamais mis un politicien en prison pour corruption, même si des milliards de fonds publics sont détournés chaque année", a-t-il écrit sur Twitter. Une autre internaute, Guitta Abi Fadel, s'étonne sur Facebook de voir le Liban "n'attirer que des voleurs".

Il faut dire que ce retour intervient à un moment particulier pour le Liban. Le pays est en effet secoué depuis le 17 octobre par une contestation inédite qui dénonce la corruption, l'affairisme et l'incompétence de la classe politique. Militants et contestataires n'ont ainsi pas manqué de tourner en dérision l'arrivée surprise du dirigeant. "Comme si le pays n'avait pas assez de voleurs pour que Carlos Ghosn nous tombe soudainement dessus", s'insurge Ali Mourad, un enseignant universitaire. De son côté, le musicien Ziyad Sahhab a raillé le retour de l'homme d'affaires vers "un environnement qui encourage les voleurs". "Nous réclamons le retour de l'argent volé, pas des voleurs", a-t-il conclu.

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