Entre honte et déni, la mère d'Oussama Ben Laden s'exprime publiquement pour la première fois

Entre honte et déni, la mère d'Oussama Ben Laden s'exprime publiquement pour la première fois

TERRORISME - 17 ans après les attentats les plus meurtriers des Etats-Unis, la mère d'Oussama Ben Laden revient sur l'itinéraire de son fils aîné - de son enfance à sa radicalisation - dans une interview accordée au Guardian. Récit d'une famille déchirée entre le déni et la honte.

Sept ans après sa mort, le sujet Ben Laden est encore très sensible en Arabie Saoudite. La famille du terroriste saoudien a longtemps été restreinte au territoire du Royaume, et muselée par le gouvernement. L'arrivée au pouvoir du Prince Mohammed Ben Salman, 32 ans, fait bouger les lignes d'un pays qui veut s'inscrire dans un Islam plus modéré. 

Pour la première fois depuis les attentats du 11 septembre 2001, ayant causé 2976 morts et plus de 6000 blessés, le gouvernement saoudien a autorisé la famille Ben Laden à prendre la parole publiquement. Le journaliste anglais Martin Chulov s'est entretenu avec la mère d'Oussama Ben Laden, son beau-père et deux de ses demi-frères. Le clan Ben Laden, comme le royaume Saoudien veulent faire passer un message : Oussama Ben Laden était un "paria", pas un "agent du pays". 

On lui a fait un lavage de cerveau - Alia Ghanem, mère de Oussama Ben Laden

Alia Ghanem se souvient de son fils comme d'un garçon timide, aimant et aimé, qui était brillant à l'école. Dans sa vingtaine, le jeune homme studieux change complètement, alors qu'il étudie l'économie à Djeddah. "C'était un très bon garçon jusqu'à ce qu'il rencontre des gens qui lui ont  lavé le cerveau", explique la femme de plus de 70 ans, voilée d'un tissu rose.  "Ces gens à l'université l'ont changé". 

Le jeune Oussama rencontre Adbullah Azzam dans les années 1970, un membre des Frères Musulmans, qui deviendra son mentor. "Je lui disais toujours de rester loin d'eux, il ne m'avouait jamais ce qu'il faisait parce qu'il m'aimait tellement". Oussama Ben Laden est ensuite parti combattre les soviétiques qui occupaient l'Afghanistan. 

Au début, nous étions très fiers de lui- Hassan, demi-frère de Oussama Ben Laden

Si la mère semble excuser le fils, les autres sont bien plus critiques. "Elle l'aime tellement qu'elle refuse de le blâmer", explique Ahmad, son demi-frère présents lors de l'entretient. "Elle a toujours refusé de voir la part de djihadiste en lui", ajoute-t-il, en précisant que sa mère est encore "dans le déni".

Au début des années 1980, Oussama Ben Laden part combattre les Soviétiques en Afghanistan. "Au début nous étions très fiers de lui", se souvient Hassan, son autre demi-frère. Même le gouvernement saoudien saluait son combat et le traitait "en respect". Puis est arrivé le "Oussama moudjahidine". 

Quand nous avons appris sa radicalisation, nous étions très en colère- Alia Ghanem, mère de Oussama Ben Laden

Pendant la guerre d'Afghanistan (1979-1989), Oussama Ben Laden s'aguerrit et mène des soldats qui adhéreront plus tard à l'organisation terroriste Al Qaïda.  Depuis l'Arabie Saoudite, sa famille le voit se radicaliser. 

Alia Ghanem assure n'avoir pas vu venir la radicalisation de son fils. Ni sa volonté de développer une structure terroriste mondiale. "Quand nous avons appris sa radicalisation, nous étions très en colère", assène-t-elle. "Je n'ai jamais voulu que tout cela arrive". Sa mère et son beau-père lui rendent visite pour la dernière fois en 1999 en Afghanistan.

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Je veux venger mon père- Hamza Ben Laden, le fils de Oussama Ben Laden, à l'un de ses oncles

Si la plus grande partie de la famille dénigre les actes de Ben Laden, et veut laver l'honneur de sa famille, une petite partie le soutient encore et veut perpétrer son action. Hamza Ben Laden, 29 ans, le plus jeune fils de Ben Laden est resté en Afghanistan. Membre d'Al Qaïda, il est officiellement considéré comme un terroriste par les Etats-Unis depuis l’année dernière. D'après ses oncles, il veut "venger son père".

L'héritage d'Oussama Ben Laden est encore présent, pour les services de renseignement britanniques, le terroriste reste une figure populaire dans certaines régions. Mais l'ampleur de ce soutient est difficile à mesurer. 

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