Dans le cadre de l'échange de l'accord UE-Mercosur, le Brésil va-t-il replanter 12 millions d'hectares de forêt ?

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À LA LOUPE - Depuis la signature du traité de libre-échange entre l'Union européenne et le Mercosur, les critiques fusent à l'égard de la politique environnementale du Brésil. Pourtant de son côté, la Commission européenne s'enthousiasme et soutient que le traité UE-Mercosur engage le Brésil à interdire la déforestation illégale en 2030 et à replanter 12 millions d'hectares d'arbres. Qu'en est-il ?

L'Union européenne a signé le 27 juin un accord de libre-échange avec le Mercosur, l'organisation commerciale sud-américaine rassemblant le Brésil, l'Argentine, le Paraguay et l'Uruguay. Ce traité devra ensuite être ratifié par tous les Etats selon les dispositifs propres à chaque pays. Mais s'exprimant sur Europe 1, le ministre de la Transition écologique François de Rugy expliquait que le traité "ne sera ratifié que si le Brésil respecte ses engagements. Pour Sibeth Ndiaye sur RMC, "la France pour l’instant pas prête à ratifier" l’accord. 

Le Brésil est pointé du doigt en raison de sa politique environnementale, encore davantage depuis l'arrivée du nouveau président Jair Bolsonaro en janvier dernier. Ernesto Araújo, ministre brésilien des affaires étrangères a lui assuré, lors d'une conférence de presse le 2 juillet, que le traité "comporte toute une série d'instruments qui respectent les normes environnementales actuelles en matière de préservation de l'environnement et des ressources naturelles en Amazonie." 

De son côté, la Commission européenne annonce, pleine d'enthousiasme, que le traité de libre-échange permettra au Brésil de respecter des engagements environnementaux très forts. A savoir, la fin de la déforestation illégale et le reboisement de 12 millions d'hectares. Les émissions de gaz à effet de serre devront également diminuer. Le traité de libre-échange entre l'Union européenne et le Mercosur serait-il une bonne nouvelle pour la forêt brésilienne ? 

D'où proviennent ces engagements environnementaux du Brésil ?

La fin de la déforestation illégale et le reboisement de 12 millions d'hectares de forêt d'ici 2030 trouvent leur origine dans une déclaration de Dilma Roussef en septembre 2015. Alors présidente de la République brésilienne, elle prononce un discours à l'Organisation des Nations Unies et promet, d'ici 2030, de reboiser 12 millions d'hectares de forêt et de restaurer 15 millions d'hectares de pâturages dégradés. Elle annonce aussi vouloir mettre un terme à la déforestation illégale dans le pays à l'horizon 2030. 

Elle évoque enfin l'objectif de réduction de 37 % ses émissions de gaz à effet de serre d’ici à 2025 et de 43 % d’ici à 2030, en prenant 2005 comme année de référence. 

Pourquoi la Commission européenne utilise ces promesses brésiliennes ?

Les engagements brésiliens concernant la déforestation et les gaz à effet de serre ont été pris dans le cadre de l'Accord de Paris sur le climat. Afin d’atteindre les objectifs environnementaux imposés par l'Accord - notamment la limitation de la température mondiale à 2° maximum d'ici 2100 -, les Etats devaient présenter des engagements nationaux. 

Ces engagements nationaux sont appelés les NDC, un sigle anglophone pour Nationally Determined Contributions, soit une expression que nous pouvons traduire par "Contributions déterminées au niveau national". Chaque pays a présenté sa contribution à la réduction des émissions de gaz à effet de serre, conformément à ce que chaque gouvernement estimait réalisable à partir d'un scénario socialement et économiquement soutenable. 

Le Congrès national du Brésil a adopté le 12 septembre 2016 l’Accord de Paris et, donc, le NDC qui en découle. Ainsi, la Commission européenne n'a donc pas obtenu de nouveaux engagements environnementaux de la part du Brésil dans le cadre du traité commercial qui lie Union européenne et le Mercosur. La Commission s'appuie simplement sur le NDC brésilien datant de 2015. 

L'Accord de Paris est-il contraignant dans le traité UE / Mercosur ?

Pour répondre assurément à cette question, il nous faudrait disposer du texte final, adopté entre l'Union européenne et le Mercosur le 27 juin dernier. D'après la Commission, il ne sera disponible pas avant plusieurs semaines, le temps notamment que tous les parties soient d'accord sur la version du texte soumise pour ratification. 

Mais d'après les premiers éléments ébruités par la Commission européenne, si les parties concernant l'Accord de Paris sur le climat ne seraient pas contraignantes dans le traité de libre-échange, elles seraient rédigées d'une manière qui signifierait davantage que la simple déclaration. Dans un document mis en ligne par la Commission [uniquement en anglais], il est expliqué que "dans un article spécifique sur le changement climatique, l'UE et le Mercosur se sont mis d'accord pour s'engager, dans un langage fort, à mettre en œuvre efficacement l'Accord de Paris."

Le Brésil a-t-il entamer ses engagements pour l'Accord de Paris ?

Le Congrès national du Brésil a adopté en septembre 2016 l'Accord de Paris et les objectifs nationaux brésiliens correspondants. Qu'elle est la situation deux ans et demi après ? 

Concernant les émissions de gaz à effet de serre, le Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat de l'ONU a considéré le Brésil comme étant sur la bonne voie pour réaliser ses propres objectifs de baisse pour l'échéance 2030. En revanche, les promesses concernant la protection de la forêt ne sont pas pour l'instant en phase d'être tenues. Et il suffit de prendre de la hauteur pour le constater. 

Depuis 1998, le Brésil a lancé un programme de surveillance de la déforestation directement par satellite. D'après l'INPE (l'Institut national brésilien de la recherche spatiale), la déforestation a connu un bond sans précédent en juin 2019, +60% par rapport à la même période en juin 2018. En seulement 30 jours, ce sont 762,3 km² de forêt primaire qui ont disparu. 

L'INPE avait déjà enregistré une hausse pour le mois de mai 2019. En cumulé pour 2019, le Brésil a connu une réduction d'environ  2.273,6 km². D'après l'INPE, c'est ni plus ni moins que le pire bilan depuis 2016. Nous sommes donc loin d'un reboisement. Sans oublier que les essences d'arbres utilisées en agro-foresterie - comme l'eucalyptus ou le pin - une fois plantées peuvent améliorer les statistiques de reboisement, sauf qu'elles ne remplaceront jamais la biosphère unique et séculaire de la forêt primaire amazonienne. 

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