Équateur : couvre-feu décrété après 10 jours de crise violente, le mouvement indigène accepte le dialogue

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PROTESTATION - Depuis 10 jours, l'Équateur est en proie à des heurts violents entre forces de l'ordre et manifestants, hostiles à des réformes négociées par le gouvernement contre un prêt du FMI. Alors que les violences ont fait cinq morts et 2000 blessés, la principale organisation indigène a accepté le dialogue proposé par le président.

Au onzième jour de crise en Équateur, la principale organisation indigène a accepté, samedi 12 octobre, de dialoguer avec le président Lenin Moreno, ce qui n'empêche pas les violences de se poursuivre. Le chef d'État équatorien a décrété un couvre-feu dans la capitale, Quito, et ses alentours, désormais sous contrôle militaire. Dans la journée, des manifestants encagoulés ont mis le feu et saccagé le bureau de l'Inspection générale des finances dans le nord de Quito.

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Cette attaque d'un bâtiment officiel est le dernier épisode de la vague de protestation provoquée par des réformes économiques négociées par le gouvernement équatorien en échange d'un prêt du FMI. En dix jours, les heurts ont fait cinq morts et 2.000 blessés. Lundi 7 octobre, le siège du gouvernement avait été transféré à Guayaquil (sud-ouest), tandis que l'état d'urgence avait été décrété pour 60 jours et que 74.000 militaires et policiers avaient été déployés.

Vers un début de dialogue entre le chef de l'État et l'opposition ?

Dans ce contexte extrêmement tendu, la Confédération des nationalités indigènes de l'Equateur (Conaie), la principale organisation indigène d'Equateur, en pointe de la contestation, a donc annoncé qu'elle acceptait de participer au "dialogue direct" proposé par le président Lenin Moreno. Une annonce qui constitue un volte-face après le refus initial, vendredi 11 octobre, de la Conaie, qui avait estimé que le dialogue proposé par le président "manqu(ait) de crédibilité" et affirmé qu'elle n'y participerait qu'une fois "abrogé" le décret supprimant les subventions sur le carburant, la mesure la plus controversée du plan de réformes du gouvernement.

"Après un processus de consultation avec les communautés, organisations, peuples, nationalités et organisations sociales, nous avons décidé de participer au dialogue direct" avec le chef de l'Etat, a déclaré la Conaie dans un communiqué. L'organisation accepte désormais une rencontre avec le président pour discuter du "retrait ou (de) la révision du décret", après l'appel du chef de l'Etat à "dialoguer directement" afin de "trouver des solutions", lors d'une allocution télévisée, le même jour. "Il est indispensable de faire diminuer la violence (...) Le pays doit savoir que nous avons la volonté de dialoguer", avait affirmé Lenin Moreno, un libéral, élu sous la même étiquette que son prédécesseur, le socialiste Rafael Correa, devenu, en exil à Bruxelles, son plus grand contempteur.

Aux sources du mécontentement, une série de réformes libérales

C'est l'annonce d'une série de réformes libérales qui a mis le feu aux poudres. En contrepartie d'un prêt du FMI de 4,2 milliards de dollars, le gouvernement a supprimé les subventions étatiques sur le prix du carburant, entraînant une augmentation de 123% du jour au lendemain. "Celle-ci a un effet très sensible dans un pays comme l'Équateur puisque les subventions touchent non seulement le carburant servant au transport individuel, mais aussi au transport public et à celui des denrées alimentaires, qui ont subi une hausse de prix généralisée", indique Guillaume Long, chercheur associé à l'Institut de Relations Internationales et Stratégiques (IRIS).

La réforme inclut également une modification du droit du travail, réduisant les congés payés des fonctionnaires de 30 à 15 jours. Enfin, le gouvernement a supprimé une taxe sur les capitaux sortant du territoire, une réforme "moins visible, mais tout aussi grave, car l’Équateur est une économie dollarisée et donc très sensible à la chute de capitaux", ajoute Guillaume Long.

Les indigènes équatoriens particulièrement affectés par la hausse du prix des carburants

Les indigènes équatoriens, qui représentent un quart des 17,3 millions d'habitants du pays, rejettent notamment la suppression des subventions sur le carburant, qui les affecte de plein fouet. Ils constituent en effet 68% des pauvres dans le pays et travaillent principalement dans l'agriculture, où les coûts de transport se sont envolés.

Outre les nombreux blocages de routes et l'arrêt de la quasi totalité des transports publics, plusieurs mouvements de grève se sont déclarés et des puits pétroliers en Amazonie ont été bloqués, ce qui a forcé l'Equateur à suspendre la distribution de près de 70% de sa production de brut.

Cette violente crise sociale est aussi politique. Le président Moreno accuse en effet son ex-allié et prédécesseur Rafael Correa, qui a dirigé le pays de 2007 à 2017, d'avoir "activé" un "plan de déstabilisation" avec l'aide du président vénézuélien Nicolas Maduro. Lenin Moreno a par ailleurs reçu vendredi le soutien du gouvernement américain, dont le secrétaire d'Etat Mike Pompeo, a souligné les "efforts" du gouvernement équatorien "pour institutionnaliser les pratiques démocratiques et appliquer les réformes économiques nécessaires".

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