Eruption du volcan Cotopaxi : l'Equateur censure les médias

International
CENSURE - Depuis quelques jours le volcan Cotopaxi, situé à 45 kilomètres de la capitale Quito, menace des milliers d’Equatoriens. Sous pretexte de ne pas affoler la population, le gouvernement vient d’établir un décret visant à censurer les médias.

Quand la menace d’une catastrophe naturelle sert de prétexte au contrôle des médias. Alors que le réveil du volcan Cotopaxi menace plus de 300.000 Equatoriens, le gouvernement a mis en place un état d’exception par décret. Concrètement, pendant 60 jours maximum, les habitants de ce pays andin "ne pourront s'informer que par les bulletins officiels émis sur le sujet par le ministère coordinateur de la sécurité, avec l'interdiction de diffusion de toute information non autorisée par un média de communication, qu'il soit public ou privé, ou via les réseaux sociaux". Autrement dit, une censure officielle.

Des relations entre le président et la presse dégradées

Que les médias se rassurent, le ministre de la Communication Fernando Alvarado a affirmé qu’ils pourraient réaliser leur travail en couvrant l'éruption. Mais ils devront le faire avec "énormément de responsabilité et d'attention pour que leurs histoires, leurs reportages, leurs photographies ne s'écartent en aucun cas du message officiel clair sur la dangerosité, la prévention, la tranquillité de la population".

Au-delà des arguments sécuritaires, pointe la volonté du président Rafael Correa de mettre au pas les médias avec qui les relations sont notoirement dégradées . En direct à la télévision, il a déjà traité les journalistes de "menteurs", de "cafards", de "malades mentaux" et de "sicaires de la plume". "La liberté d’expression ne donne pas droit à diffamer ou à insulter", expliquait aussi le président en place depuis 2007 pour justifier l’adoption d’une loi sur la régulation de la presse.

Dans la rue contre Correa

Cette fois, "le président argue que c'est pour éviter la panique avec des informations alarmistes. On part du principe que les journalistes et les citoyens sont alarmistes, il y a ce préjugé implicite", critique Diego Cornejo, directeur de l'Association équatorienne d'éditeurs de journaux ( Aedep ). "Pour la première fois nous avons une législation, un décret, un pouvoir légal pour réguler les réseaux, renchérit César Ricaurte, le directeur de l' ONG Fundamedios . C'est très dangereux."

Pour Diego Cornejo, cette censure est "disproportionnée, inopportune, car elle arrive justement dans un moment de mobilisation sociale". En effet, jeudi dernier, des milliers de personnes hostiles au gouvernement ont manifesté dans tout le pays. Ce mouvement, qui a bloqué de nombreuses routes du pays, visait à dénoncer la méthode de gouvernement de Correa, que ses opposants qualifient d'autoritaire. Et ce alors que président veut modifier la Constitution pour briguer un quatrième mandat.

Sur le même sujet

Et aussi

Lire et commenter