Esclavage en Libye : pour les ONG, "tout le monde savait"

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DROITS DE L'HOMME - Des images de vente aux enchères de milliers de migrants africains en Libye sont dénoncées ces derniers jours par les dirigeants occidentaux et africains. Cette réalité était pourtant connue de longue date, soulignent ONG et analystes.

De l'esclavage en Libye ? "Tout le monde savait." C'est ce que dénonce ce vendredi le Sénégalais Hamidou Anne, analyste du think tank "L'Afrique des idées", deux semaines après un reportage choc diffusé sur CNN. Un documentaire dans lequel on découvrait en caméra cachée une vente aux enchères nocturne de jeunes Africains dans la région de Tripoli, à l'origine d'une vague d'indignation mondiale ces derniers jours.


Face au tollé, les condamnations se sont en effet multipliées. Le secrétaire général de l'ONU, Antonio Guterres, s'est dit "horrifié", le président de l'Union africaine Alpha Condé "indigné", l'Union européenne "révoltée" et la France a réclamé une réunion "expresse" du Conseil de sécurité de l'ONU. A Paris, un millier de manifestants se sont rassemblés dimanche 19 novembre.

"L'esclavage, on en parle depuis longtemps"

Aussi choquante soient-elles, ces images n'étonnent guère ONG et spécialistes. Il s'agit ni plus ni moins d'hypocrisie, assène Hamidou Anne, car "les gouvernants, les organisations internationales, les leaders politiques" étaient au courant. "Les prises d'otages, les violences, la torture, les viols, sont monnaie courante en Libye, et l'esclavage, on en parle depuis longtemps", renchérit Alioune Tine, directeur Afrique de l'ouest et du centre d'Amnesty international basé à Dakar.

Force est de constater que les organisations d'aide aux migrants n'ont cessé d'alerter sur la dégradation de la situation. Dès le mois d'avril, l'Organisation internationale pour les migrations (OIM) rapportait l'existence de "marchés aux esclaves" en Libye. "Ils y deviennent des marchandises à acheter, vendre et jeter lorsqu'elles ne valent plus rien", avait souligné Leonard Doyle, porte-parole de l'OIM à Genève. La présidente de Médecins sans frontières, Joanne Liu, avait à son tour dénoncé en septembre, dans une lettre ouverte aux gouvernements européens, "une entreprise prospère d'enlèvement, de torture et d'extorsion" en Libye. "Dans leurs efforts pour endiguer le flux (migratoire), les gouvernements européens seront-ils prêts à assumer le prix du viol, de la torture, et de l'esclavage ?", avait-elle interpellé. Avant de conclure : "Nous ne pourrons pas dire que nous ne savions pas". 


Un esclavage qui s'est développé dans la foulée de la chute en 2011 du régime de Mouammar Kadhafi. Libye est devenue la plaque tournante du transit des migrants d'Afrique subsaharienne cherchant à gagner l'Europe.  Soucieuse de contrôler ce flux migratoire, l'UE peine à trouver des solutions pour ces candidats à l'exil, à la merci des passeurs et trafiquants, un calvaire dont beaucoup ont témoigné dans les médias. "En Libye, les Noirs n'ont aucun droit", avait confié en septembre à l'AFP Karamo Keita, un jeune Gambien de 27 ans, rapatrié dans son pays. "Nous avons été emmenés dans plusieurs fermes où notre geôlier libyen nous vendait comme esclaves".

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