La colère gronde en Espagne : tout comprendre à l'affaire de "la meute"

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(IN)JUSTICE - Plusieurs dizaines de milliers de personnes ont manifesté ce week-end dans le nord de l'Espagne. En cause : un jugement disculpant de "viol" cinq hommes se surnommant eux-mêmes "la meute", qui ont abusé d'une jeune femme. Retour sur un fait divers tragique qui scandalise le pays.

Le slogan "ce n'est pas un abus sexuel, c'est un viol !" a résonné samedi à Pampelune. La capitale de la région de Navarre est encore secouée par le verdict qui a été rendu jeudi dans l'affaire de "la meute", à savoir cinq Sévillans qui, en 2016, avaient abusé sexuellement d'une jeune femme de 18 ans. Des agresseurs qui, jeudi dernier, ont été condamnés à des peines de prisons, sans que le viol ne soit retenu par les juges. Retour sur un fait divers devenu une polémique brûlante en Espagne.

En juillet 2016, une "meute" responsable d'un viol collectif

Les faits remontent à l'été 2016, durant les fêtes de la San Fermin, à Pampelune. Cinq hommes âgés de 27 à 29 ans abusent d'une jeune femme de 18 ans. Ils s'étaient eux-mêmes vantés de leurs actes : sur un groupe de messagerie WhatsApp intitulé "la manada" ("la meute"), ils s'étaient notamment envoyé une vidéo des faits accompagnée du message : "en train d'en baiser une à cinq". Ils sont arrêtés dès le lendemain, puis inculpés pour agression sexuelle - catégorie comprenant les viols en Espagne - et placés en détention provisoire.

Novembre 2017, début du procès de l'année en Espagne

Durant plusieurs semaines, le procès des cinq hommes va fasciner le pays. Notamment car chaque journée du procès apporte son lot de détails scabreux sur "la meute". Plusieurs déclarations et des décisions du juge vont alors choquer l'Espagne. Agustin Martinez Becerra, avocat de plusieurs accusés, va ainsi assurer que ce que l'on entend dans les vidéos "n'implique ni le consentement ni l'interprétation contraire". Mais c'est surtout la décision du juge d'inclure dans le dossier l'enquête d'un détective privé sur la vie de la plaignante qui a mis le feu aux poudres. La phrase "Yo si te creo" ("Moi, je te crois") a envahi les réseaux sociaux, avant d'être taguée à Madrid et scandée par des milliers de femmes lors de rassemblements à travers le pays.

Jeudi 26 avril 2018 : le verdict tombe

Les cinq Andalous sont reconnus coupables du délit espagnol d'"abus sexuel" sur une jeune Madrilène de 18 ans, aggravé d'"abus de faiblesse", et condamnés à neuf ans de prison. Mais les juges du Tribunal de Navarre n'ont pas retenu la notion de viol, pour lequel le Code pénal espagnol stipule qu'il doit y avoir eu "intimidation" ou "violence". Aussitôt après, des manifestants ont protesté aux portes du tribunal aux cris de "ce n'est pas un abus sexuel, c'est un viol".

En vidéo

Le verdict du procès de "la Meute" divise l'Espagne

Dimanche 29 avril : l'Espagne indignée

Trois jours après le verdict, la pression ne retombe pas en Espagne. Bien au contraire. Nombreux sont ceux qui sont scandalisés qu'un des trois juges se soit prononcé pour la relaxe des cinq hommes. Fait rare : plus d'1,2 million de personnes ont déjà signé une pétition adressée au Tribunal suprême pour réclamer la révocation des juges ayant pris la décision. 


Même des carmélites cloîtrées, de l'ordre des Moniales déchaussées, ont fait sensation en postant un texte sur Facebook, se concluant par le slogan "ma soeur, moi je te crois", couramment repris dans le pays à l'attention de la victime de Pampelune. "Nous voulions qu'il y ait une voix dans l'Eglise qui critique ce jugement", a dit à l'AFP soeur Mariluz, porte-parole des 16 religieuses du monastère d'Hondarribia au Pays basque.

Preuve de l'embarras du pouvoir, le parquet de Navarre a annoncé qu'il ferait appel du jugement, en maintenant que "les faits sont constitutifs du délit d'agression sexuelle (viol)". Le gouvernement conservateur espagnol de Mariano Rajoy s'était empressé d'annoncer qu'il étudierait l'éventualité d'une révision du Code pénal.

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