Espagne : les socialistes en tête des élections législatives, poussée historique de l'extrême droite

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LÉGISLATIVES - Le parti du Premier ministre socialiste devance les conservateurs sans toutefois parvenir à obtenir une majorité. Le parti d'extrême droite devient quant à lui la troisième force politique du pays.

L'Espagne ne se sortira pas cette fois de sa période d'instabilité politique. Le Premier ministre socialiste sortant Pedro Sanchez est arrivé dimanche 10 novembre en tête des quatrièmes législatives en quatre ans en Espagne, mais n'a pas amélioré ses chances de gouverner alors que le parti d'extrême droite Vox est devenu la troisième force politique du pays, à la faveur de la crise catalane.

Après le dépouillement de 95% des bulletins de vote, le Parti socialiste (PSOE) de Pedro Sanchez, qui espérait obtenir une majorité claire pour mettre fin au blocage politique qui mine le pays depuis 2015, ne compte plus que 120 députés contre 123 après le précédent scrutin, en avril.

L'extrême droite double son nombre de sièges au parlement

Vox, formation ultranationaliste et anti-immigration fondée il y a cinq ans, a poursuivi son ascension et plus que doublé son nombre de sièges à 52 élus (24 en avril). Elle devient ainsi la troisième force politique d'un pays où l'extrême droite était, avant son irruption, marginale depuis la fin de la dictature de Franco (1939-1975), absorbée par les conservateurs du Parti populaire.

Vox a bénéficié de l'émoi suscité par la crise en Catalogne qui a dominé la campagne après les nuits de violences ayant suivi la condamnation mi-octobre de neuf dirigeants indépendantistes à de lourdes peines de prison pour la tentative de sécession de 2017. Ancien membre du PP, le chef de Vox Santiago Abascal a martelé son discours virulent sur la Catalogne prônant l'interdiction des partis séparatistes, la suspension de l'autonomie de la région et l'arrestation de son président indépendantiste Quim Torra. Il s'en est aussi vivement pris aux immigrés illégaux à qui il attribue la hausse de la délinquance.

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Durant la campagne, Pedro Sanchez a tenté de mobiliser son électorat contre la montée de Vox, qui relativise volontiers l'héritage mortifère du franquisme, en dénonçant la droite qui n'a pas hésité à s'allier avec ce parti pour prendre le contrôle de l'Andalousie, la région plus peuplée d'Espagne, de la région de Madrid, la plus riche, et de la mairie de la capitale.

Les conservateurs du Parti Populaire (PP, 88 sièges) ont quant à eux redressé la barre après le pire résultat de leur histoire en avril (66 sièges) tandis que la gauche radicale de Podemos a perdu sept députés (35 contre 42 en avril) et que les libéraux de Ciudadanos se sont décomposés (10 députés contre 57 en avril), payant justement ses tergiversations vis-à-vis de la droite et de l'extrême droite. Les partis indépendantistes catalans ont consolidé leur représentation : à trois, ils totalisent 23 sièges (contre 22 en avril) sur les 42 qui étaient en jeu en Catalogne.

Pas de majorité absolue

Le résultat de ces élections augure d'une poursuite de l'instabilité politique. "La formation d'un gouvernement va prendre du temps (une nouvelle fois) et l'Espagne devrait passer les vacances de Noël sans exécutif", estimait Antonio Barroso, analyste du cabinet Teneo. Ni un bloc de gauche (PSOE, gauche radicale de Podemos et sa liste dissidente Mas Pais) ni une alliance des droites (PP, VOX et les libéraux de Ciudadanos) n'atteignent la majorité absolue de 176 sièges sur 350. S'il parvient à être reconduit au pouvoir par la chambre des députés, ce qu'il n'avait pas réussi à faire après le scrutin d'avril, Pedro Sanchez devra se contenter au mieux d'un fragile gouvernement minoritaire obligé de négocier des appuis au cas par cas au Parlement.

Le socialiste ne cache pas qu'il préfère gouverner seul, en minorité, plutôt que de tenter de s'entendre avec Podemos, avec lequel ses négociations ont échoué cet été en raison de divergences profondes sur le dossier catalan. Il comptait pouvoir arracher l'abstention du PP lors du vote de confiance à la Chambre mais les analystes doutent qu'il y parvienne. "Vox le serrant de si près, le Parti populaire ne peut pas se permettre de négocier son abstention avec les socialistes, parce que Vox le tiendra pour responsable de la politique du PSOE et s'attribuera le rôle de chef de l'opposition", a estimé Pablo Simon, professeur de Sciences politiques à l'Université Carlos III de Madrid.

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