Espagne : trois choses à savoir sur Vox, le mouvement d'extrême droite devenu la troisième force du pays

Les militants du parti Vox célèbrent leur score aux élections législatives espagnoles, le 10 novembre 2019.
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Indépendance de la Catalogne : la crise sans fin avec Madrid

LEGISLATIVES - Le parti d'extrême droite Vox a poursuivi son ascension fulgurante dimanche en doublant le nombre de ses sièges à la Chambre des députés. Le mouvement a fondé sa renommée sur la lutte contre les indépendantistes et l'immigration.

C'est l'une des progressions les plus spectaculaires pour un parti populiste en Europe. Vox, le mouvement d'extrême droite espagnol fondé en 2014 par d'anciens du Parti populaire (PP, droite), a confirmé sa montée en puissance, dimanche, lors des élections législatives en Espagne. Avec 52 députés élus, ce parti encore marginal il y a un an a doublé son score à la Chambre des députés, accentuant encore davantage le morcellement de la scène politique espagnole. 

Vox, qui avait fait son entrée sur la scène nationale en avril dernier avec 24 députés, se place désormais comme la troisième force politique à la Chambre des députés, dans un pays où l'extrême droite restait marginale depuis la mort de Franco en 1975. La première victoire notable remonte à décembre 2018, lorsque ce mouvement avait recueilli 10% des voix au parlement régional d'Andalousie. Aujourd'hui, il compterait près de 40.000 membres. 

Ses cibles, les indépendantistes et l'immigration

La crise en Catalogne a servi d'accélérateur pour le parti d'extrême droite, qui a fait de son discours particulièrement dur contre les indépendantistes une marque de fabrique, au nom de "l'unité" et de "l'harmonie" de l'Espagne. Vox, dont le patron est Santiago Abascal, ancien député du PP au parlement régional du Pays basque, réclame ainsi l'interdiction des partis indépendantistes, l'arrestation du leader indépendantiste Quim Torra et la suspension de l'autonomie de la région. S'adressant aux "patriotes", il prétend vouloir rassembler au-delà des clivages politiques traditionnels. 

L'autre pilier de Vox est l'immigration. Durant la campagne des législatives, le mouvement a fait campagne à travers le pays sur le thème de la maîtrise de l'immigration et de l'expulsion des immigrés clandestins, comme ici en Andalousie, région qui a contribué à sa percée. 

Vox a également fait campagne dans les grandes villes sur ce thème, comme à Madrid, où ses représentants ont rebondi sur une polémique sur un centre pour jeunes migrants pour présenter le quartier d'Hortaleza, où vit Santiago Abascal, comme un secteur miné par la délinquance en raison de leur présence.

Franquisme et valeurs traditionnelles

Vox s'est également illustré récemment dans le débat sur le transfert de la dépouille de l'ancien dictateur Franco, exhumé de son mausolée situé à 50 km de Madrid, accusant le gouvernement socialiste sortant de Pedro Sanchez de "profanation" et critiquant la réhabilitation des victimes républicaine de la dictature franquiste. 

En outre, le mouvement se distingue par ses prises de position à contre-courant des évolutions sociétales récentes. Santiago Abascal a ainsi pris ses distances avec son ancien parti, le PP, en défendant l'abrogation de la loi autorisant le mariage homosexuel. Il a également demandé l'abrogation de la loi contre les violences faites aux femmes, y voyant une disposition qui "criminalise" les hommes. Vox s'est en outre positionné en grand défenseur de la chasse et de la tauromachie. 

"Vox a pris du poids à la faveur du mécontentement provoqué par la crise catalane. Il est porteur d’un nationalisme fondé sur une composante catholique, nataliste et xénophobe, ostensiblement hostile à l’immigration musulmane", a observé la politologue Astrid Barrio, de l'université de Valence, dans une tribune au Monde. "Il défend les traditions, comme la corrida et la chasse, et est très critique à l’égard de l’idéologie du genre. Certaines caractéristiques le placent dans l’orbite de l’alt-right américaine", juge l'universitaire, qui le distingue pourtant des mouvements foncièrement anti-européens et populistes.

A la différence du RN en France, il existe d'ores et déjà des ponts entre la droite traditionnelle et le mouvement Vox. Plusieurs responsables du PP ou de Ciudadanos, notamment en Andalousie, ont estimé qu'il était possible de discuter avec la nouvelle formation politique, en vue d'hypothétiques alliances. 

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