Espagne : un journaliste turc opposant à Erdogan arrêté à la demande de la Turquie

International

ZÉLÉ - Des personnalités et des organisations ont appelé ce vendredi l'Espagne à libérer Hamza Yalcin. Ce journaliste turco-suédois a été arrêté le 3 août à Barcelone à la demande d'Ankara, qui l'accuse d'avoir insulté le président turc et d'être lié à un "groupe terroriste".

Les autorités espagnoles roulent-elles pour la Turquie ? C'est, en substance, la question que se pose Reporters Sans Frontières (RSF) en Suède après l'arrestation de Hamza Yalcin. Ce journaliste turco-suédois est en effet détenu depuis quelques jours à Barcelone. Une affaire qui n'est pas sans rappeler celle concernant Loup Bureau, ce Français détenu en Turquie depuis le 26 juillet, et qui illustre le contexte difficile dans lequel évoluent les journalistes travaillant dans ce pays.

Hamza Yalcin, journaliste de 59 ans critique à l'égard du régime d'Ankara, a été arrêté le 3 août dans la ville catalane, à l'aéroport El Prat. Il est depuis détenu, le temps qu'un tribunal décide s'il doit être extradé ou non, a expliqué la police espagnole, précisant qu'il faisait l'objet d'un mandat d'arrêt international délivré par Ankara. 

En vidéo

Un an après le coup d’Etat manqué en Turquie, Erdogan intensifie sa répression

Lire aussi

"Erdogan veut montrer qu'il peut s'en prendre aux personnes critiques même si elles ne sont pas dans le pays"

Un acte inconcevable pour Reporter sans frontière (RSF), qui accuse la Turquie de "terrorisme". Selon RSF, le mandat d'arrêt est une tentative "pour réduire au silence toute critique du régime turc", que les militants accusent de détenir des dizaines de journalistes dans le cadre de l'état d'urgence décrété après la tentative de putsch l'année dernière. Selon l'organisation, Yalcin, lui, vivait depuis 1984 en exil en Suède. C'est là où il écrivait pour le magazine en ligne Odak Dergisi, très critique avec le régime d'Ankara. 

Jonathan Lundqvist, à la tête de l'antenne de RSF en Suède, a critiqué cette arrestation, tentative selon lui du président Recep Tayyip Erdogan "d'étendre son pouvoir au-delà des frontières du pays". Et d'appuyer : "Il veut montrer qu'il peut s'en prendre aux personnes critiques même si elles ne sont pas dans le pays." La Fédération internationale des journalistes, basée à Bruxelles, a également demandé ce vendredi sa libération, de même que le troisième parti espagnol, Podemos (gauche radicale).

Cette arrestation survient alors que les inquiétudes concernant la liberté de la presse dans la Turquie d'Erdogan grandissent, des journalistes étant aussi ciblés par la répression. Selon le site P24, spécialisé dans la liberté de la presse, 166 journalistes sont détenus en Turquie, dont la majorité dans le cadre de l'état d'urgence décrété après la tentative de putsch. Parmi eux : le Français Loup Bureau. Ce journaliste est détenu depuis la fin juillet en Turquie pour soupçon d'appartenance à une "organisation terroriste armée", suite à un reportage sur les kurdes syriens. Pour rappel, la Turquie occupe la 155e place sur 180 au classement 2017 de la liberté de la presse établi par RSF.

Sur le même sujet

Et aussi

Lire et commenter