Essai nucléaire nord coréen : quelle différence entre une bombe H et une bombe atomique ordinaire ?

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ZOOM – La Corée du Nord met la communauté internationale en émoi en assurant avoir testé une bombe à hydrogène avec succès dimanche. A chaque annonce de ce type, les experts restent toutefois sceptiques sur la capacité du pays à accéder à un tel niveau de technologie. LCI fait le point sur cette arme bien plus puissante que la bombe atomique ordinaire.

Quelle est la différence entre une bombe A et une bombe H ?

Depuis 2006, Pyongyang a testé à plusieurs reprises, la bombe atomique "A", qui produit des explosions beaucoup moins fortes que celles d'une bombe "H", à hydrogène, également appelée arme "thermonucléaire". La première libère en effet une énergie déclenchée par la fission d'éléments comme l'uranium ou le plutonium (ces atomes sont "cassés"). La seconde utilise d'abord la technique de la fission – la bombe A sert d'allumette géante –, puis celle de la fusion nucléaire dans une réaction en chaîne (les atomes sont "assemblés"), produisant ainsi une énergie supérieure aux températures et aux pressions en œuvre au cœur du soleil.


A titre de comparaison, la bombe atomique larguée par les Américains sur Hiroshima en 1945 avait une puissance estimée à environ 15 kilotonnes (0,015 mégatonne) d'équivalent TNT faisant plus de 140 000 morts. Lorsqu'ils ont mis au point celle à hydrogène cinq années plus tard, en 1952, la force de l'explosion était infiniment plus puissante : plus de 10 mégatonnes. Et ce n'était qu'un début : en 1961, les soviétiques ont battu tous les records avec leur "Tsar Bomba", d'une puissance de 57 mégatonnes, théoriquement près de 4000 fois supérieure à la bombe sur Hiroshima.

Le régime de Pyongyang dit-il vrai ?

La Corée du Nord avait affirmé dès janvier 2016, lors de son quatrième essai nucléaire - celui qu'elle vient d'annoncer est le sixième -, avoir testé avec succès une bombe H "miniaturisée". Mais l'explosion n'ayant dégagé qu'une puissance limitée, ne provoquant qu'un séisme de magnitude de 5,1, les experts doutaient alors qu'ils s'agisse réellement d'une bombe H. Interrogé par LCI, le spécialiste de la Corée du Nord Jean-Vincent Brisset restait très prudent sur cette annonce de Pyongyang, n'y voyant toutefois pas la preuve d'un nouveau mensonge du régime de Kim Jong-Un : "Une bombe à hydrogène, c'est une bombe A qui sert d'allumette pour un gros pétard. Il peut y avoir un problème à ce niveau-là sans que cela veuille dire qu'ils ne disposent pas de la bombe H", nous expliquait le directeur de recherches à l'Institut de relations internationales et stratégiques. 


Cette fois, alors que le test pourrait prendre des semaines avant d’être vérifié, des spécialistes sud-coréens estiment que la puissance de la secousse détectée était de cinq à six fois supérieure à celle du dernier essai nucléaire en date, conduit en septembre 2016. Certains évoquant une bombe d'une mégatonne.

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Le fait que la bombe soit miniaturisée, ça changerait quoi ?

La Corée du Nord avait affirmé dès son troisième essai nucléaire réalisé en 2013 avoir mis au point un engin miniaturisé, sans que cela ne soit jamais vérifié. Le régime a de nouveau affirmé dimanche que sa bombe H pouvait être installée sur le nouveau missile balistique intercontinental dont il dispose, et était donc miniaturisée. Une étape décisive car, en permettant de monter l'arme nucléaire sur des ogives de missiles, la portée des bombes est fortement accrue. En janvier 2016 toutefois, Jean-Vincent Brisset mettait en doute la capacité de la Corée du Nord à tirer sur de longues portée : "Jusqu'à maintenant, les lanceurs dont disposent le pays sont très vulnérables et peu fiables".

Combien de pays disposent de la bombe H ?

En plus de la Corée du Nord, au moins huit autres pays détiennent aujourd'hui l'arme atomique dans le monde : les Etats-Unis, la Russie, la Chine et la Grande-Bretagne forment avec la France, qui était parvenue à mettre au point la bombe H en 1968, le club des puissances nucléaires officielles. L'Inde et le Pakistan les ont rejoints respectivement en 1974 et 1998, de même qu'Israël, qui ne l'a toutefois jamais reconnu. Mais il n'est pas certain que ces trois pays disposent de la technologie nécessaire pour fabriquer une véritable bombe H, peut-être n'ont-ils donc que la bombe A.

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