Et si Trump n'acceptait pas le résultat de l'élection ? Le spectre de l'effondrement démocratique

Donald Trump assure à tort que les sondages voient Joe Biden chuter fortement.
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DÉCRYPTAGE - Donald Trump a fait savoir qu'il n'accepterait pas une transition pacifique du pouvoir s'il perdait le scrutin de novembre. Une hypothèse qui ouvre la voie à un scénario noir comme l’explique notre spécialiste des affaires internationales Michel Scott.

L’inquiétude face au non-respect par Donald Trump du scrutin de novembre est réelle. A la traîne dans les sondages, le président sortant pourrait parier sur l’illisibilité des résultats pour contester sa défaite. Un scénario noir qui porte d’ores et déjà atteinte à la sérénité du vote. Explications. 

Donald Trump peut-il vraiment contester le résultat des élections ?

Michel Scott - Il est déjà en train de le faire d’une certaine façon. En refusant de promettre qu’il acceptera une transition pacifique du pouvoir s’il perd, il porte atteinte à la confiance dans le système électoral américain tout entier. Le scénario est déjà écrit. 

Le vote par correspondance s’est développé au point qu’un électeur démocrate sur deux pourrait y avoir recours. Dans certains Etats comme le Colorado, l’essentiel du scrutin se déroulera même ainsi. Donald Trump, en s’ingéniant à nier la probité du vote à distance, a pavé la voie aux contestations à venir. Dans chaque circonscription, et il y a plus de 10500 juridictions électorales dans ce pays, le décompte des votes peut s’avérer si difficile, avec un nombre d’invalidations si important, qu’aucun résultat incontestable n’en ressortira. 

Dès lors ce sera à la législature de l’Etat concerné de statuer, avec la possibilité de ne pas tenir compte du verdict des urnes et d’envoyer au collège électoral les délégués qu’elle désignera. Or les six plus importants « swing states » (dont le résultat est toujours incertain par définition) sont actuellement contrôlés par une majorité républicaine. La couleur du collège électoral, composé de 538 grands électeurs, pourrait en être indûment modifiée. 

C’est une hypothèse. Mais il y a aussi la possibilité de voir les Etats fédérés qui sont dans l’incapacité de déclarer un résultat s’en remettre au Congrès américain, avec un autre blocage à la clef, tant les deux chambres sont divisées. Dans ce cas, l’incertitude serait certainement mise à profit par le président sortant pour tenter de rester au pouvoir.

Tous les signaux qu’envoie Donald Trump indiquent qu’il n’acceptera pas de perdre.- Michel Scott

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Dans une architecture constitutionnelle aussi complexe, et équilibrée d’ailleurs, que celle des Etats-Unis, il est étonnant de remarquer qu’il n’y en a pas vraiment. Il n’y a pas d’arbitre impartial. Tout repose comme souvent en Démocratie sur l’acceptation de la défaite par l’un des deux prétendants. 

Une fois dans l’Histoire les choses auraient pu très mal se passer. En 1876 le Républicain Rutherford Hayes perd le vote populaire mais remporte d’une voix le collège électoral face au Démocrate Tilden. S’en suit une période de transition extrêmement tendue (le pays est encore très marqué par la guerre de Sécession), où les deux candidats se déclarent vainqueurs. La crise sera dénouée 2 jours seulement avant l’investiture, par le retrait de Tilden après une série de marchandages politiques. Mais nul doute que dans le cas inverse, le président sortant Ulysse Grant, républicain comme Hayes, aurait fait entrer ce dernier d’autorité à la Maison Blanche, avec toutes les conséquences délétères qu’on peut imaginer.

En 2000, dans l’imbroglio du décompte du vote en Floride pour départager George Bush et Al Gore, c’est la Cour Supreme qui a sifflé la fin du jeu, mais techniquement il s’est simplement agi pour elle de donner raison aux autorités locales qui s’opposaient à un énième dépouillement demandé par le camp démocrate. Le résultat en a été la victoire de Bush, et Gore s’est incliné. De fait, contrairement à ce qu’on peut penser, la haute juridiction fédérale n’est pas là pour formellement désigner le président.

Dans les deux cas, l’issue du bras de fer a dépendu du consentement du perdant.

Ici rien de tel n’est à espérer de la part de Donald Trump.

 Que peut-il se passer si Donald Trump ne reconnait pas sa défaite ?

C’est le film catastrophe que chacun redoute. D’abord il peut toujours gagner. Mais la suspicion est devenue tellement forte de part et d’autre que ce sont les démocrates, si la marge est courte, qui peuvent estimer s’être fait flouer. En tout état de cause, c’est dans la rue, et de manière violente cette fois que la colère pourrait alors éclater.

Tous les signaux qu’envoie Donald Trump actuellement indiquent qu’il n’acceptera pas de perdre. Quelles que soient les circonstances. Il va miser sur l’illisibilité du scrutin. C’est le : "On ne connaîtra peut-être jamais le vrai résultat", proféré il y a quelques jours. Et tout est bon pour vicier la crédibilité de ce moment essentiel de la vie démocratique, jusqu’à supposer que son adversaire Joe Biden se drogue pour tenir le coup, et qu’il pourrait invalider sa candidature par décret. 

Dans le pire des scénarios, on peut imaginer, comme certains confrères américains l’ont fait récemment, que le Secret Service pourrait être chargé in fine de le raccompagner manu militari hors de la Maison Blanche le 20 janvier prochain, jour de l’investiture.

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Mais sans aller jusque-là, les dommages infligés par Trump au système démocratique de son pays sont considérables, car il a d’ores et déjà miné la confiance (encore une fois un paramètre essentiel dans nos sociétés fondées sur des pactes) d’une grande partie des Américains dans les piliers institutionnels de leur Nation.

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