Etat islamique : la Libye, le nouvel eldorado des djihadistes

Etat islamique : la Libye, le nouvel eldorado des djihadistes

DirectLCI
DECRYPTAGE - Bénéficiant de l'instabilité politique, l'Etat islamique a pris racines sur le sol libyen. Ils seraient environ 5.000 hommes à venir s'entrainer. Un chiffre en pleine recrudescence. Une implantation qui inquiète les Occidentaux.

La Libye d’aujourd’hui est-elle la Syrie de demain ? Depuis la chute de Mouammar Kadhafi en 2011, le pays a peu a peu disparu des radars médiatiques, laissant le chaos s’installer discrètement. La guerre civile a repris ses droits et le pouvoir politique, partagé par deux gouvernements que tout oppose, demeure impuissant. Une crise dont l’Etat islamique sort grand gagnant.

"La Libye n’est plus dirigée", nous explique Kader Abderrahim, chercheur à l’Iris et spécialiste du Maghreb. "A la suite des élections en juillet 2012, le pays est tombé dans un trou noir, à cause des tensions au sein du gouvernement de transition. Cela a provoqué la dislocation du Parlement et du gouvernement. Aujourd’hui, de fait, la Libye se retrouve avec deux gouvernements : l’un à Tripoli, l’autre à Tobrouk, qui sont sur des positions irréconciliables. Il n’y a pas de dialogue entre eux."

A LIRE AUSSI >>  Tout savoir sur Daech : zoom sur les Français qui rejoignent la Syrie

Daech demanderait aux nouvelles recrues de se diriger vers la Libye

En l’absence de gouvernement d’union nationale, Daech a peu à peu pris ses quartiers, profitant de l’immensité du pays (le quatrième d’Afrique) et de sa faible densité. "Le groupe contrôle entre 20 et 23% du territoire, essentiellement dans l’est", assure Kader Abderrahim. Selon le chef de la diplomatie libyenne, le nombre de combattants serait pour le moment "entre 4.000 et 5.000". Les Tunisiens, les Soudanais et les Yéménites formeraient les plus gros contingents. Un chiffre à prendre à la légère : selon le gouvernement libyen, "le commandement de Daech demanderait aux nouvelles recrues de se diriger vers la Libye, et non plus la Syrie, surtout depuis les frappes russes", qui visent l'organisation depuis fin septembre.

Invérifiables, ces informations faisant état d’un nouvel eldorado terroriste au sud de la Méditerranée sont cependant prises aux sérieux par Occidentaux. Le 14 novembre, les Etats-Unis ont pour la première fois bombardé le groupe en Libye, éliminant dans une frappe aérienne l'Irakien Abou Nabil, présenté comme le chef du groupe extrémiste dans le pays. La Libye est l'une des deux "grandes questions" du moment, avec la Syrie, nécessitant des "initiatives diplomatiques", assurait il y a encore quelques jours François Hollande.

Pour Kader Abderrahim, la France a de toute évidence un rôle a joué dans la résolution du conflit. "La France a des relations privilégiées avec les cinq principaux pays du conflit Libyen : l'Algérie, le Qatar, l'Arabie Saoudite, l'Egypte et la Turquie. Elle devrait porter une initiative diplomatique pour parvenir à un compromis politique entre les gouvernements de Tobrouk et de Tripoli." Surtout que le pouvoir d’attraction de Daech dans le pays commence à faire des émules dans l'Hexagone : la Libye est apparu ce lundi pour la première fois dans une des quelque 200 procédures judiciaires françaises d'envoi de combattants sur les terres de djihad. Deux Français, un Lyonnais de 19 ans et un Marseillais de 20 ans, ont ainsi été écroué mi-novembre. Arrêtés dans le sud de la Tunisie, ils comptaient s'entraîner en Libye avant d'aller combattre dans les rangs de l’État islamique en Syrie.

A LIRE AUSSI >>  Libye : face à Daech, six pays demandent la formation d'un gouvernement d'union nationale

Sur le même sujet

Plus d'articles

Lire et commenter