Etats-Unis : Abercrombie & Fitch en justice pour refus d'embauche d'une femme voilée

Etats-Unis : Abercrombie & Fitch en justice pour refus d'embauche d'une femme voilée

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JUSTICE - Une jeune fille voilée qui s'était vue refuser un emploi dans un magasin Abercrombie, il y a sept ans aux Etats-Unis, sera mercredi devant la Cour suprême, plus haute juridiction du pays. La justice devra décider si l'enseigne s'est rendue coupable de discrimination religieuse.

Liberté religieuse contre politique vestimentaire. Mercredi, la Cour suprême, plus haute instance de justice des Etats-Unis, doit trancher dans une affaire de discrimination religieuse au travail vieille de sept ans. En 2008, une boutique d'Abercrombie & Fitch à Tulsa (Oklahoma) rejette la candidature de Samantha Elauf, 17 ans, au poste de vendeuse. La jeune musulmane portait un foulard lors de l'entretien, or la chaîne de vêtements pour adolescents impose une politique vestimentaire stricte à ses vendeurs. L'enseigne impose notamment de ne rien porter sur la tête : ni chapeau, ni foulard.

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"J'adore aller au centre commercial, c'est ma deuxième maison", avait témoigné Samantha Elauf lors d'une audience en 2011. Elle avait dit fréquenter régulièrement la boutique Abercrombie à l'époque où elle avait postulé, car "c'était ce que tout le monde portait, c'était cool et à la mode". Mais pour Abercrombie, la jeune fille "savait que le magasin avait une politique en matière d'apparence qui interdit les vêtements noirs et exige des modèles qu'ils portent des styles de vêtements similaires à ceux vendus dans le magasin". La chaîne de vêtements précise par ailleurs n'avoir jamais eu connaissance d'un "quelconque différend religieux". Là dessus, les professionnels du droits sont partagés. "Lorsque c'est évident, vous n'avez pas besoin de dire 'je suis enceinte' pour que l'employeur s'en aperçoive et le note", explique au Wall Street Journal le professeur de droit Joseph Steiner, de l'Université de Caroline du Sud. Pour lui, la même logique s'applique aux religions.

Qui doit initier le dialogue ?

Samantha Elauf avait obtenu 20.000 dollars (17.600 euros) de dommages et intérêts en première instance, avant d'être déboutée en appel. La cour d'appel avait estimé que la loi fédérale de 1964 de protection des droits civiques ne s'appliquait pas dans ce cas, car la candidate n'avait pas fait de demande explicite d'aménagement du règlement d'Abercrombie en fonction de sa confession. Cette loi interdit la discrimination religieuse à l'embauche, sauf si l'employeur démontre qu'il ne peut pas "aménager raisonnablement" son activité pour la conformer à une pratique religieuse.

L'Agence fédérale devant l'emploi (EEOC), qui a initié la plainte contre la chaîne de vêtements, juge que c'est à l'employeur d'initier le dialogue sur un possible problème religieux, alors qu'Abercrombie argue que c'est au contraire au candidat de le faire. La réponse que la Cour suprême apportera à cette affaire est d'autant plus attendue que d'après les organisations religieuses qui soutiennent Samantha Elauf, les plaintes pour discrimination religieuse sur le lieu de travail ont plus que doublé ces quinze dernières années aux Etats-Unis.

Abercrombie, marque réservée aux tailles fines

La marque Abercrombie & Fitch est connue pour employer de jeunes hommes exhibant leurs corps de mannequin à l'entrée des magasins pour attirer la clientèle, et des vendeuses à la plastique tout aussi irréprochable, portant des jupes courtes. Mark Jeffries, l'ex-PDG de la marque poussé vers la sortie l'an dernier, avait déclaré n'embaucher que des vendeurs "cool et sexy" pour faire venir une clientèle du même ordre. La marque ne vend d'ailleurs pas de vêtements pour femme au-delà de la taille 40.

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