John McCain superstar de l'Obamacare : comment le sénateur républicain a humilié Donald Trump en moins d'une semaine

RETOUR GAGNANT - Quelques jours après une opération et l'annonce de son cancer au cerveau, l'ancien candidat à la Maison-Blanche est l'un des trois élus républicains à avoir voté "non" contre l'abrogation partielle de l'Obamacare voulue par Donald Trump. Un geste de défiance à l'encontre de celui qui le qualifiait encore de "héros américain" il y a trois jours.

Il a fait se lever les foules. Au Sénat et sur Twitter. Annoncé très affaibli, John McCain, 80 ans, a confirmé l'adage. Cette agressive tumeur au cerveau qui ne l'a pas tué l'a rendu plus fort au moment de retrouver ses collègues pour un vote essentiel. Le sénateur républicain de l'Arizona était donc de retour mardi soir sur "le floor", la tribune du Sénat américain, six jours seulement après avoir été diagnostiqué malade. Une force à toute épreuve qui lui a valu une standing ovation d'une minute de la part de 99 autres membres de la Chambre haute du Congrès.


Seule trace visible de ses problèmes de santé ? Cette cicatrice au-dessus de l'oeil gauche, marque de la craniectomie grâce à laquelle les médecins lui ont retiré des tissus cancéreux il y a une dizaine de jours. "Je suis un peu abîmé", s'est amusé celui qui savait très bien pourquoi il venait. "C’est un privilège de servir avec vous tous. Je vous le promets", a-t-il déclaré lors d'une déclaration très émouvante qui a même touché Donald Trump. "Merci d'être venu à DC pour un vote si vital. Bravo à tous les Républicains ! Nous pouvons maintenant délivrer une super réforme de la santé", a tweeté Donald Trump. "C'est super que John McCain revienne pour voter. Courageux, héros américain ! Merci John",  avait-il écrit plus tôt mardi.

McCain met ses menaces à exécution

Un revirement total pour le président qui, il y a encore deux ans, avait clamé haut et fort que John McCain, capturé et torturé pendant la guerre du Vietnam, n'était "pas un héros de guerre". Il faut dire que Donald Trump avait à tout prix besoin du soutien et du vote de l'ancien candidat à la Maison-Blanche -il avait été battu par Obama en 2008- pour valider le projet républicain censé abroger l'Obamacare. Mais malheureusement pour lui, la déconfiture n'a pris que trois jours. Car si le sénateur de l'Arizona avait bien voté mercredi pour l'ouverture du débat sur une telle abrogation, il avait aussi prévenu qu'il voterait non lors du vote final si le texte définitif ne lui convenait pas. Jeudi, épaulé par ses collègues de Caroline du Sud et du Wisconsin, il s'est ainsi opposé à l'option "abrogation a minima" ("skinny repeal", en version originale), qui semblait pourtant en mesure de fédérer l'ensemble des conservateurs.


Et ses menaces ont été mises à exécution. Vers 1H30 du matin, dans la nuit de jeudi à vendredi, John McCain a en effet tué les derniers espoirs des républicains d'abroger et de remplacer rapidement la réforme phare de Barack Obama. Une heure plus tard, Donald Trump, qui avait pourtant promis de régler l'affaire en deux temps trois mouvements en arrivant au pouvoir, tentait de se distancier du désastre en rejetant, comme souvent, la faute sur les autres. "Trois Républicains et 48 Démocrates laissent tomber le peuple américain. Comme je l'ai dit depuis le début, laissez l'Obamacare imploser, puis négociez", a tweeté le président sans faire, cette-fois, de référence à l'héroïsme du sénateur McCain. 

Des rapports déjà tendus

Pour trouver des commentaires élogieux envers John McCain, il fallait plutôt se tourner vers Twitter, notamment vers les comptes de certaines personnalités du showbiz américain. De John Legend à Cher, de Kirsten Bell à Billy Crystal, chanteur(se)s, acteur(rice)s et autres artistes ont été nombreux à saluer les trois républicains réfractaires, et tout particulièrement le vétéran de la guerre du Vietnam. "Merci aux sénateurs qui ont voté pour tuer ce texte stupide et sans coeur. Restons vigilant. Ce n'est pas fini", a par exemple lancé John Legend. 

Des compliments que John McCain avait déjà vu poindre mercredi après que Donald Trump, mettant en avant un "fardeau" et "des coûts médicaux énormes", a annoncé que les personnes transgenres ne pourront servir dans l'armée américaine. Et pour cause : l'ancien adversaire de Barack Obama a vivement critiqué le chef de l'Etat pour avoir fait part de ce stupéfiant renversement de politique militaire sur Twitter. "Tout Américain qui répond aux standards en vigueur sur le plan médical et de la préparation doit pouvoir continuer à servir", a-t-il tonné. 


Mais cette défiance contre Trump ne date pas d'hier.  Durant la campagne, déjà, John McCain n'avait pas caché son mépris pour celui qui n'était encore que candidat, au moment où, en août 2016, celui-ci s'en était pris aux parents d'un soldat américain musulman mort au combat. "Il est temps pour Donald Trump de donner l'exemple à notre pays et au parti républicain", avait-il alors déclaré. Depuis novembre, le sénateur de l'Arizona, qui préside la commission de la Défense, est aussi l'un des détracteurs les plus visibles de la politique étrangère du président Trump. Un rôle de composition qui lui permet, parfois, de faire se lever les foules.  

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