Etats-Unis : la députée Ilhan Omar a-t-elle dit que les hommes blancs constituent une plus grande menace que les islamistes ?

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ÉCLAIRCISSEMENT - Plusieurs médias proches de l'extrême droite ont rapporté que l'élue démocrate avait déclaré que les Américains devraient avoir plus peur des hommes blancs que du djihadisme. Une affirmation largement extrapolée, l'interview vidéo de la jeune femme, réalisée en 2018, ayant été coupée et sortie de son contexte. Explications.

"Le député Ilhan Omar déclare que les Américains 'devraient avoir plus peur des hommes blancs' que du djihadisme", titrait ce samedi TV Fdesouche, un média clairement positionné à l'extrême droite de l'échiquier politique. Il n'est pas le seul à avoir relayé cette information. On la retrouve sur le site TV Libertés - de même obédience et qui se veut être la "première chaîne de réinformation" -, mais aussi sur le site d'information musulman Alnas.


Avant d'atteindre la France, cette affirmation avait déjà fait polémique outre-Atlantique.  

Tout commence le 23 juillet lorsque la chaîne chrétienne CBN News publie un article révélant une ancienne interview de la députée démocrate, d'origine somalienne, datant de février 2018. Un entretien dans lequel elle est interrogée sur la peur que suscite le djihadisme islamiste. La jeune femme portant le voile, nouvelle bête noire de Donald Trump, répond : "Notre pays devrait craindre davantage les hommes blancs parce qu'ils causent en réalité plus de morts dans ce pays." Dans la foulée, le journaliste publie sur Twitter un extrait de l'interview filmée, diffusée à l'époque pour la chaîne Al Jazeera.

L'information est reprise sur le réseau social par Molly Prince, rédactrice pour le site internet Daily Caller News Foundation, un média qui a par le passé accordé des tribunes à des suprématistes blancs. Pas de quoi freiner le sénateur républicain Marco Rubio, qui partage le tweet. 


Le lendemain, l'extrait passe en boucle sur la chaîne Fox News. Journalistes et invités s'étonnent qu'une élue puisse blâmer tous les hommes blancs, l'accusant de racisme. Ils lui reprochent également de vouloir "recueillir des informations" et "contrôler" les hommes blancs. Ces accusations reposent cependant sur un court extrait de l'interview, nettoyé de certains propos et sorti de son contexte. 

Alors qu'en est-il ? La députée était invitée à répondre aux explications de certains républicains sur la montée de l'islamophobie aux Etats-Unis. Selon eux, elle s'expliquerait, non pas par une haine des musulmans mais par la peur des djihadistes. Ilhan Omar répond alors que les Etats-Unis "devraient craindre davantage les hommes blancs", soulignant qu'en terme de terrorisme, les suprématistes "causent en réalité plus de morts dans ce pays". Elle ne fait pas référence à la communauté blanche dans son intégralité.


Un point confirmé par la Ligue anti-diffamation : en 2018, les Etats-Unis ont connu l'année la plus meurtrière depuis 1995, en ce qui concerne les tueries réalisées par des extrémistes et 78% d'entre elles incombaient à des suprématistes blancs. On en comptabilise une cinquantaine. Le directeur du FBI, Christopher Wray, a également témoigné devant le Congrès le 23 juillet sur ce sujet, soulgiant que la majorité des personnes ayant fait l'objet d'une enquête pour terrorisme dans le pays étaient "motivées par ce que l'on peut appeler du suprématisme blanc violent". L'erreur de l'élue serait donc de ne pas utiliser le terme "suprématistes".

L'extrait diffusé depuis quelques jours omet également certains passages, comme le dévoile la vidéo ci-dessous. Quand la démocrate évoque "des politiques pour combattre la montée de la radicalisation des hommes blancs", comme de la "collecte d'information", elle précise que tel serait le cas "si la peur guidait nos politiques pour faire en sorte que les Etats-Unis soient en sécurité et que les Américains soient en sécurité". 


Enfin quand l'intervieweur lui demande si les leaders musulmans véhiculent une mauvaise rhétorique, elle acquiesce : "Des segments communautaires utilisent la peur et la haine pour mobiliser leur base." Cette nouvelle polémique devrait toutefois raviver l'animosité palpable entre l'élue démocrate et Donald Trump et ses alliés, un signe supplémentaire d'un pays fracturé en deux.

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