Etats-Unis : mais pourquoi rien n'arrête Donald Trump ?

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PRIMAIRE - Le milliardaire, en tête des sondages pour l'investiture républicaine dans la course à la Maison Blanche, a passé sa campagne à dénigrer les musulmans. Une polémique qui a fait son succès, sans que le hasard ait rien à y faire.

Donald Trump, en tête des sondages des primaires républicaines pour la Maison Blanche en 2016, dont la première étape sera franchie lundi 1er février 2016 dans l'Iowa, s'est fait connaître durant la campagne pour ses propos outranciers sur les musulmans. Une de ses pires sorties prenait la forme de l'idée suivante : barrer l'entrée des musulmans aux Etats-Unis. Une proposition aussi tonitruante qu'irréalisable - elle nécessiterait une réforme de la Constitution, les discriminations religieuses sont interdites -, mais révélatrice de la toute-puissance du candidat ces temps-ci aux Etats-Unis. Pourquoi un tel succès ? Eléments de réponse.

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 Parce qu'il est une bête médiatique
Donald Trump le sait bien : chacune de ses sorties est largement reprise dans les médias, avant d’être disséquée par les experts et commentée par ses concurrents. Un cercle vertueux pour le magnat de l’immobilier, comme nous l’explique Nicole Bacharan, spécialiste des Etats-Unis. "Dès qu’il dit quelque chose de choquant, il sait très bien que cela sera repris partout, va devenir un élément du débat, et tout le reste du champ politique - candidats, analystes - vont devoir réagir, assure la politologue. Il se présente lui-même comme 'le roi de l’audimat'. Et c’est vrai : c’est une star de la TV réalité.'"

 Parce qu'il est riche à milliards
Le magnat de l’immobilier est sans conteste le candidat le plus riche du pays. Aux dernières estimations, le magazine Forbes valorisait sa fortune à 4 milliards de dollars, soit environ 3,6 milliards d'euros. Lui, l'estime entre "huit et dix milliards de dollars". Un pactole qui lui évite, contrairement à ses adversaires, de courir aux quatre coins du pays à la recherche de généreux donateurs. Mais surtout, dans lequel il n’aurait quasiment pas besoin de piocher pour l’instant : son omniprésence dans les médias lui permet de faire campagne sans dépenser d’argent...

 Parce que ses adversaires galèrent
Au total, ils sont 15 à concourir pour l’investiture républicaine. Autant de candidats qui, pour l’instant, n’arrivent pas à trouver la parade face à Donald Trump. "Aucun n’est apparu réellement convaincant, abonde Nicole Bacharan. Certes ils ne sont pas tous mauvais, comme Jeb Bush. Sauf que lui fait une campagne qui ne prend pas, son nom rappelle d’avantage de mauvais souvenirs que de bons... Marco Rubio, lui, peut aller assez loin mais n’a pas encore eu l’occasion de faire la différence. On a le sentiment d’avoir à faire à des politiques plus ou moins doués, mais qui sont confrontés à une star de TV. Ils ne sont pas dans le même métier."

 Parce qu'il incarne "l'American dream" 
Et si le meilleur atout du candidat Trump était sa réussite ? Malgré ses dérapages à répétition, l’homme illustre – à sa façon – une certaine idée du rêve américain. Pour Nicole Bacharan, "Il incarne une forme de réussite, mais également une très vieille tradition en politique américaine : l’homme d’affaires qui vient expliquer qu’il faut diriger ce pays comme une entreprise. Et puis, il incarne un 'parler vrai' auprès des électeurs qui estiment qu’il peut dire tout haut ce qu’on a pas le droit de dire sous peine de se faire taxer de raciste. Il donne une voix aux colères et aux peurs."

 Parce qu'il a les sondages pour lui
Donald Trump est coutumier de la surenchère. Il faut dire que cela se révèle payant : sa campagne avait démarré en juin par une diatribe contre les clandestins mexicains, comparés à des violeurs et des criminels. Cela n'a pas empêché le candidat, omniprésent dans la presse, de rester depuis l'été largement en tête des sondages, avec aujourd'hui près de 30% des intentions de vote des républicains. Lundi, au moment même de son annonce, un nouveau sondage CNN le plaçait en tête dans l'Iowa, qui votera en premier aux primaires, le 1er février 2016.

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