Etats-Unis : ordures qui s'accumulent, mariage annulé, musées et zoos fermés... les conséquences inattendues du "Shutdown"

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SHUTDOWN - Depuis le 22 décembre, les Etats-Unis subissent un nouveau "shutdown", mettant 800 000 fonctionnaires au chômage technique. Des musées, des parcs nationaux, la NASA et plusieurs services administratifs ont ainsi dû fermer leurs portes. Avec parfois de lourdes conséquences.

Plusieurs services publics américains restent paralysés par le "shutdown" après l'échec des Républicains et Démocrates à se mettre d'accord sur le financement du mur que réclame Donald Trump à la frontière mexicaine. Si les Américains sont habitués à ces bras de fer budgétaires qui impliquent la fermeture de certains services du gouvernement fédéral, plus ces blocages durent, plus leurs conséquences sont lourdes.

Les employés en panique

Factures, prêts étudiants, hypothèques, loyers... Quelque 800 000 fonctionnaires Américains ne touchent pas de salaires tant que le shutdown perdure et s'inquiètent des répercussions sur leur situation financière. Certains employés fédéraux, jugés "essentiels" sont forcés de travailler sans être payés, mais seront remboursés dès que la situation se débloquera. D'autres en revanche, sont contraints de rester chez eux et ne verront jamais de compensation pour ce congé sans solde imposé. De quoi gâcher les fêtes de fin d'année, et mal commencer 2019. Sous le hashtag #ShutdownStories, les internautes confient leurs angoisses sur Twitter et interpellent le président. 

"Mes enfants se fichent du mur. Ils se soucient d'avoir une maison chauffée, une voiture, des vêtements à porter, et de la nourriture dans leurs ventres - rien de tout ça n'est possible si leur mère ne peut pas aller au travail.", raconte Sarah Watterson.

"Je ne veux pas d'un stupide mur. Je veux retourner travailler et être payée. Ma mère est morte récemment, c'est la période des fêtes, et j'ai des factures à payer. Je n'ai pas le temps pour tes conneries immatures. Pas cette année. Jamais.", écrit cette internaute sur Twitter.

Les parcs Nationaux à l'abandon

Le département des parcs nationaux a suspendu toutes ses activités autres que les services d’urgence. Avec plus de 21 000 employés en congé forcé, la maintenance des toilettes publiques, la collecte des déchets, l’entretien des routes ne sont plus effectués et les centres de soutien sont désertés.

Les parcs restent généralement ouverts au public, mais par conséquent, les conditions d'accès se sont détériorées. Les ordures se sont rapidement accumulées, notamment autour du National Mall et de la Maison Blanche à Washington. Selon le Los Angeles Times, dans le parc national de Yosemite, en Californie, les déchets humains ont provoqué une alerte de risque sanitaire après que les visiteurs se soient mis à utiliser le bord de la route comme toilettes publiques. 

Ces derniers jours, des ONG et des bénévoles ont pris le relais et participé au nettoyage des parcs à travers les États-Unis. À Joshua Tree, des volontaires surnommés "les anges des toilettes" ont aidé à transporter des centaines de kilos de déchets hors du parc, à nettoyer les toilettes et à les réapprovisionner en papier et savon. 

"Les ordures débordent sur les rivages de Point Reyes. Bonne année l'Amérique !", publie Amy Charmarty sur Twitter.

Malheureusement les conséquences ne s'arrêtent pas à un manque de propreté : les parcs font face à un manque de sécurité. Sans chasse-neige, gardes forestiers ou équipe de sauvetage pour faire face aux conditions hivernales, les domaines nationaux de Sequoia et de Kings Canyon, en Californie, ont connu une augmentation des accidents de véhicules dus à des routes dangereusement verglacées. Quand au Texas, un randonneur a dû être transporté pendant deux heures par un seul garde forestier après s'être cassé la jambe sur un sentier à cause du manque de personnel.

De leur côté, les grandes villes puisent dans leur budget pour tenir les rues et les espaces touristiques en bon état. La maire de Washington, Muriel Bowser, utilise les ressources locales du district pour maintenir la capitale sans déchets à un coût de 46 000 dollars par semaine. À New York, le gouverneur Andrew Cuomo s'est engagé à verser 65 000 dollars par jour pour que la Statue de la Liberté et Ellis Island restent propres et ouverts aux touristes.

Les autochtones en difficulté

Dans le cadre d'un accord négocié il y a plusieurs décennies en échange de terres autochtones, les tribus amérindiennes reçoivent un financement fédéral substantiel pour assurer des services essentiels tels que la santé et l'alimentation. Dans le Michigan, une tribu de Chippewa a dû utiliser ses propres fonds, à hauteur d'environ 100 000 dollars, afin de maintenir des cliniques et des banques alimentaires ouvertes, a rapporté le New York Times.

Des histoires similaires ont été recensé dans tout le pays. Certaines tribus Navajo du Nouveau-Mexique, de l'Arizona et de l'Utah sont également piégées chez elles, sans accès à des produits de première nécessité comme de la nourriture ou des médicaments, en raison du non-entretien des routes.

La science à l'arrêt

De nombreux scientifiques employés par le gouvernement fédéral ont dû cesser de travailler durant le shutdown. Alors que des organismes tels que la National Science Foundation et la NASA sont vidés de 95% de leurs employés, les différents laboratoires de recherche du pays en subissent les frais.

"Rappel: des milliers de scientifiques sont privés de leur #recherche tandis que le #TrumpShutdown est en vigueur. Un nombre incalculable d'expériences sont ruinées, et d'innombrables autres sont considérablement ralenties. Cette action idiote blesse terriblement l'innovation américaine.", écrit Jess Phoenix, volcanologue, sur Twitter.

Les chercheurs s'inquiètent de l'impossibilité d'accéder aux données fédérales et de contacter les responsables des subventions pour faire financer leurs projets. Rush Holt, président de l’Association américaine pour le progrès de la science, a souligné les répercussions négatives du shutdown dans un communiqué : "Toute fermeture du gouvernement fédéral peut perturber ou retarder les projets de recherche, créer de l'incertitude quant aux nouvelles recherches et réduire l'accès des chercheurs aux données et infrastructures des agences".

La culture en berne

A Washington, tous les musées gérés par l'institution de recherche scientifique Smithsonian, comme les musées de l'air et de l'espace, de l'histoire afro-américaine ou de l'histoire naturelle, sont maintenant fermés, les deux tiers des employés étant en congé forcé. Linda St Thomas, porte-parole de la Smithsonian, a déclaré à la BBC que 1,2 million de visiteurs seraient refusés si la fermeture se poursuivait en janvier.

L'Arboretum national et les Archives nationales ont également fermé leurs portes. Le zoo national a annoncé que ses animaux seront toujours nourris et soignés, mais toutes les émissions sur les animaux vivants sont hors ligne. Y compris la très célèbre "panda cam",  qui permet de suivre en direct, 24 heures sur 24, les faits et gestes des trois pandas géants du zoo.

Grâce à un précédent accord de financement, les jardins botaniques et le bâtiment Capitol des États-Unis sont eux, encore ouverts. La National Gallery of Art a également réussi à obtenir suffisamment de fonds pour rester accessible, mais jusqu'à jeudi prochain seulement. Bien sur les musées non fédéraux restent ouverts et certains offrent même une entrée gratuite aux travailleurs fédéraux.

Les mariages en attente

Le shutdown a également marqué certains mariages depuis la fin décembre à Washington DC. Notamment celui d'un couple, qui a tweeté que son mariage n’était pas officiel puisque les employés du bureau agréé de la capitale sont au chômage technique. Visiblement remonté, Dan Pollock a souhaité à Donald Trump de "rester en Irak", lors de sa première visite dans une zone de conflit.

"Merci @realDonaldTrump pour le #TrumpShutdown. Grâce à vous, le bureau de mariage de Washington est en congé la semaine de notre mariage! Restez en Irak s'il vous plait. Sincèrement, anciens fonctionnaires non mariés.", a écrit le jeune homme.

Et l'impact sur les services administratifs s'étend au-delà de la capitale. Dans l'Indiana, l'impasse politique a mis un terme au travail de recensement effectué aux États-Unis, étant donné que 40% des employés des bureaux de recensement ont été renvoyés chez eux sans salaire juste après Noël, selon News & Tribune.

En revanche, comme le remarque le site BuzzFeed, les Américains peuvent toujours divorcer ! Si le bureau des mariages est fermé jusqu'à nouvel ordre, le centre d'accueil du tribunal de la famille où sont traitées les procédures de divorce lui, reste ouvert.

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