Pourquoi Donald Trump s’en prend-il aussi violemment à l’Iran ?

Pourquoi Donald Trump s’en prend-il aussi violemment à l’Iran ?

International
DÉCRYPTAGE - Alors que le président américain s’en est pris directement à son homologue iranien dimanche sur Twitter, beaucoup s’interrogent sur cette sortie aussi virulente qu’inattendue. On fait le point avec Jean-Eric Branaa, maître de conférences spécialiste des Etats-Unis.

Comme souvent, la salve est venue de Twitter. D’un message écrit presque intégralement en lettres capitales, Donald Trump s’est laissé aller dimanche en fin de soirée à une sévère mise en garde contre son homologue iranien Hassan Rohani. Une "caps-lock attack" - du nom donné par quelques internautes américains à cette sortie "majuscule" - aussi soudaine qu’inattendue, qui a suscité une réaction immédiate de l’Iran. 

Par la voix de son ministre des Affaires étrangères, Javad Zarif, la République islamique a répondu du tac au tac, à l’identique ou presque. "FAITES ATTENTION !", a ainsi tweeté  le chef de la diplomatie iranienne dans la foulée, façon de montrer que son pays n’était pas du tout impressionné. Un duel par messages interposés qui fait craindre à certains une recrudescence de tensions déjà prégnantes. 

"Il prépare déjà sa réélection en 2020"Jean-Eric Branaa, spécialiste des Etats-Unis

Depuis, beaucoup s’interrogent en tout cas sur la stratégie du locataire de la Maison Blanche. Faut-il y voir une tentative de diversion consécutive à ses récents déboires sur la scène intérieure ? Ou, au contraire, une manière de montrer qu’il garde la main sur le dossier ? LCI a posé la question à Jean-Eric Branaa, maître de conférences à l’université Paris II et spécialiste des Etats-Unis, auteur de Trumpland : Portrait d’une Amérique divisée (éditions Privat). 

LCI : Comment interpréter ce tweet menaçant de Donald Trump envers l’Iran ? 

Jean-Eric Branaa : Cette sortie s’inscrit dans un contexte particulier. C’est dans la journée de dimanche que tout a réellement recommencé, avec de premières déclarations venues des Iraniens. Le président Hassan Rohani a alors prévenu qu’une éventuelle guerre des Etats-Unis contre l’Iran pourrait être 'la mère de toutes les guerres'. Derrière, en réaction, le secrétaire d’Etat Mike Pompeo a, lui, jugé que la République islamique était dirigée par 'quelque chose qui ressemble plus à une mafia qu'à un gouvernement', disant, en somme, que les leaders s’enrichissent sur le dos de leur peuple. Ce n’est pas rien ! Même s’il faut rappeler que cela participe d’une stratégie américaine qui, depuis le départ, vise à opposer les citoyens à leurs dirigeants. 


Cette stratégie est d’ailleurs en contradiction avec ce que Donald Trump disait durant la campagne, puisqu’il assurait alors que, partout dans le monde, il laisserait les régimes prospérer, quels qu’ils soient, à condition que les intérêts américains ne soient pas remis en cause. Or, avec l’Iran, la logique est désormais tout autre : les Américains procèdent à un étranglement du régime en espérant que le retour des difficultés économiques puisse provoquer un soulèvement du peuple.  

C’est très malin de sa partJean-Eric Branaa, spécialiste des Etats-Unis

LCI : Faut-il alors y voir, comme le disent certains observateurs, une tentative de diversion après ses propos polémiques sur l’ingérence russe dans l’élection de 2016 ?

Jean-Eric Branaa : Je ne crois pas. L’affaire de la rencontre avec Poutine a été une très grosse surprise, c’est certain. On peut même parler d’une énorme bourde sur le plan politique, voire d’une faute. De fait, on pouvait se dire que, à la manière des événements de Charlottesville l’an dernier, Donald Trump ne comprenait pas la portée symbolique, qu’il était en rupture avec ce que pense le peuple américain quant à un rapprochement avec la Russie. Sauf que, entre-temps, des sondages l’ont crédité de deux points supplémentaires d’opinions favorables. Ce qui veut dire que, en plus de conserver ses fans indéfectibles, il élargit sa base. C’est assez inédit. 


Sur l’affaire russe, il n’est donc pas du tout en difficulté. Et il le sait ! Trois jours après que ces sondages sont tombés, il a ainsi décidé d’inviter Vladimir Poutine à Washington. Personne ne s’est levé pour hurler, car tous avaient les sondages en main. La plupart des élus républicains vont d’ailleurs prochainement repasser par les urnes lors des élections de mi-mandat (le 6 novembre 2018, ndlr) et ils savent qu’il vaut mieux rester dans le rang. Dès lors, l’Iran n’apparaît pas comme une stratégie d’évitement, mais plutôt comme la poursuite d’une promesse. 

En vidéo

La volte-face de Donald Trump sur la Russie

LCI : Dans ce cas, ne serait-ce pas plutôt une manière de montrer à ses électeurs qu’il a bel et bien la main sur ce dossier sensible ? 

Jean-Eric Branaa : Il parle à sa base, c’est sûr : il le fait tout le temps ! Il montre qu’il est fort, qu’il est un leader puissant, capable de mener les Etats-Unis à la victoire, quelle que soit la victoire recherchée. Mais si l’on essaye de voir au-delà de ce qui se passe au jour le jour, notamment avec la perspective des élections de mi-mandat, les projections montrent que Donald Trump devrait conserver sa majorité au Sénat mais perdre la Chambre des représentants. Vu les institutions américaines, il risque donc de se retrouver totalement bloqué pendant deux ans. Il ne pourra presque plus rien faire. 


L’Amérique n’a jamais été aussi divisée qu’aujourd’hui. L’écartement entre les deux partis est tel qu’il sera quasiment impossible d’arriver à des points d’accord, si ce n’est sur le dossier des infrastructures - au point mort actuellement - ou sur le congé maternité, que les démocrates semblent prêts à voter. Le "jeu" de Donald Trump ne se fera alors que sur l’international, comme le prévoit la Constitution, et il pourra renvoyer la responsabilité de la paralysie de la scène politique intérieure aux démocrates. En réalité, il est déjà en campagne : en agissant de la sorte, il se place déjà sur une rampe de lancement pour sa réélection en 2020. C’est très malin de sa part.     

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