Le lobby des armes américain sous le feu du boycott : "C'est la 1ère fois qu'une tuerie a un impact aussi durable"

Le lobby des armes américain sous le feu du boycott : "C'est la 1ère fois qu'une tuerie a un impact aussi durable"
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ETATS-UNIS - Depuis la fusillade qui a tué 17 personnes dans un lycée de Floride, de nombreuses entreprises sont contraintes, après un appel au boycott, de rompre leurs liens avec la NRA, le puissant lobby des armes. Nous avons demandé à un spécialiste de la politique américaine quelle portée peut avoir ce phénomène.

Le 14 février dernier, 17 personnes perdaient la vie dans un lycée de Parkland, en Floride, tuées par les balles d'un ancien élève âgé de 19 ans. Depuis, la colère gronde. Plusieurs manifestations ont déjà eu lieu pour réclamer un meilleur contrôle des armes à feu dans le pays, tandis que Donald Trump a été pris à partie dans son propre bureau par les rescapés de la tuerie et les parents d'élèves. Parallèlement, une grande campagne visant à boycotter les entreprises entretenant des liens avec la National Rifle Association (NRA), a pris place sur les réseaux sociaux avec le hashtag #BoycottNRA. Sous la pression, nombreuses d'entre elles ont annoncé qu'elles cesseraient leurs partenariats avec l'association américaine de promotion des armes à feu. LCI a demandé à Corentin Sellin, spécialiste de la politique américaine, ce que cela augurait.

C'est une attaque inéditeCorentin Sellin

LCI : Est-ce la première fois que la NRA est autant mise à mal ?

Corentin Sellin : Sur la forme, cet appel au boycott civique relayé par les réseaux sociaux est une première. Une attaque aussi frontale et de cette ampleur-là ne s’était jamais vue auparavant. Cependant, la NRA n’a, à mon avis, pas trop de souci à se faire. Pour l’instant, c’est l’Amérique qui a toujours détesté la NRA qui se mobilise contre elle. Elle aura du souci à se faire quand elle commencera à perdre des adhérents. Pour l’instant, ce n’est pas le cas. Il faudra aussi voir, lors des élections intermédiaires en novembre prochain, si les candidats soutenus par la NRA, donc les candidats Républicains, sont battus massivement. Dans ce cas-là, la NRA aura perdu son pouvoir d’influence et aura vraiment du souci à se faire.

A un moment donné, on se dit forcément que ce n’est plus possible.Corentin Sellin

LCI : Pourquoi cela n'arrive-t-il que maintenant ?

Corentin Sellin : Il y a un effet de saturation. Il ne faut pas oublier que les fusillades les plus meurtrières de l’histoire des Etats-Unis se sont toutes passées ces six dernières années. A une exception près, celle de Virginia Tech, qui s’est déroulée en 2007. Tandis qu'à l'époque, on était plutôt sur un événement vraiment majeur tous les 5 ou 10 ans, il y a maintenant des tueries de masse quasiment tous les mois ! Et on compte à chaque fois 20 morts, 30 morts, 40 morts, parfois plus comme à Las Vegas. C’est l’accumulation. A un moment donné, on se dit forcément que ce n’est plus possible.

Le symbole est fort mais il pourrait à terme être contre-productifCorentin Sellin

LCI : Peut-on attendre quelque chose de ce mouvement de protestation ?

Corentin Sellin : On est un petit peu désarmés parce que ces campagnes de boycott virales, on en connaît depuis 4-5 ans, mais on n'en a jamais vu de cette ampleur. On connaît mal la durée dans le temps de ces mobilisations, et on connaît mal leur impact à moyen et long terme. Pour ma part, je serais plutôt circonspect sur de possibles répercutions. Le symbole est fort, mais il pourrait à terme être contre-productif. En effet, on a un peu l’impression de voir deux Amériques : un mouvement jeune, urbain, contre une population rurale et traditionnelle. Il ne faudrait pas donner l’impression d’un mouvement urbain qui s’en prendrait aux droits de l’Amérique traditionnelle. Ça pourrait renforcer l’attachement des propriétaires d’armes à leur droit d’adhérer à la NRA et à leur droit d’avoir des armes. Il y a un chiffre qu’il ne faut jamais oublier : c’est que la proportion de foyers qui possédait une arme en 2017 est deux fois supérieure chez les ruraux que chez les urbains. Ce qui est certain, c’est que pour la première fois, on a l’impression qu’après une tuerie, ce n’est plus "business as usual". C’est la première fois qu’une tuerie a un impact aussi durable. Maintenant, est-ce que cette mobilisation va aboutir à quelque chose de plus concret, comme une législation fédérale ? Le vrai baromètre, ça sera la marche prévue fin mars. On verra à ce moment-là si le mouvement a duré jusque-là. Si la marche est un succès, ça voudra dire qu’il se passe vraiment quelque chose. Pour l’instant, on est encore dans l’œil du cyclone.

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