Etats-Unis : la justice s'affronte sur les premières exécutions fédérales programmées depuis 17 ans

Etats-Unis : la justice s'affronte sur les premières exécutions fédérales programmées depuis 17 ans
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IN EXTREMIS - La juge fédérale Tanya Chutkan avait suspendu les exécutions fédérales de Daniel Lee et de trois autres condamnés, prévues cet été, en attendant que les recours déposés à la fois par les accusés et par les victimes soient étudiés. Mais la Cour suprême a autorisé la reprise de leur mise à mort.

L'année 2020 est décidément inédite. Aux Etats-Unis, pour la première fois depuis 17 ans, des exécutions fédérales sont prévues. La reprise et la multiplication de ces condamnations s'est faite sous l'impulsion de l'administration Trump, avec un planning serré de quatre exécutions en un peu plus d'un mois pour cet été, contre seulement trois au cours des 45 dernières années.

Lundi 13 juillet, la juge fédérale Tanya Chutkan, siégeant à Washington, a décidé en dernière minute de suspendre ces mises à mort. Daniel Lee a ainsi échappé à son injection létale, prévue le jour même à 16h (heure locale) au pénitencier de Terre-Haute, dans l'Indiana. Mais, moins de 24 heures plus tard, la Cour suprême - plus haut niveau de la justice américaine - a autorisé la reprise des exécutions.

Les recours des condamnés pas encore étudiés

Un véritable ascenseur émotionnel pour Daniel Lee, suprématiste blanc âgé désormais de 47 ans, condamné en 1999 pour le meurtre d'un couple et de leur fillette de 8 ans. Comme les trois autres prisonniers, il a été condamné à la peine capitale par un tribunal fédéral pour "meurtre d'enfant". S'il a échappé de peu à la mort lundi 13 juillet, son exécution a donc seulement été reportée, à une date non communiquée pour l'instant. Les deux autres exécutions sont programmées cette semaine, et la dernière le 28 août.

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Pour la juge Chutkan, ces exécutions "court-circuitent la procédure judiciaire légitime", alors que plusieurs recours n'ont pas encore été tranchés. Les quatre condamnés ont notamment déposé des recours contre le protocole d'exécution - une dose létale de pentobarbital - qui leur ferait subir une souffrance "irréparable" en violation de la Constitution. Un argument souvent utilisé par les opposants à la peine de mort. Avec cette suspension ordonnée lundi, "la cour s'assurait que les tribunaux auront l'occasion d'étudier attentivement ces questions", a réagi Shawn Nolan, l'avocat d'un des condamnés.

Des exécutions compliquées par la pandémie

En parallèle, la mère et grand-mère de deux victimes, Earlene Peterson, 81 ans, avait écrit une lettre ouverte s'adressant à Donald Trump, qui réclame un usage renforcé de cette sanction ultime depuis le début de son mandat. "En tant que partisane du président Trump, je prie pour qu'il entende mon message : l'exécution de Danny Lee pour le meurtre de ma fille et de ma petite-fille n'est pas ce que je veux et apportera plus de douleur à ma famille", avait-t-elle plaidé. Elle demandait que sa peine soit commuée en réclusion perpétuelle.

Avec d'autres membres de sa famille, Earlene Peterson avait également saisi la Haute cour américaine pour obtenir le report de l'exécution en raison de l'épidémie de coronavirus. Ils affirmaient être devant un choix impossible entre leur droit d'assister aux derniers moments du condamné et le respect de leur santé. Une exécution impliquant en effet la présence de nombreuses personnes dans un espace confiné : personnel pénitencier, avocats, des proches des victimes ou des accusés, aumônier, journalistes. Cette demande a été balayée par la Cour suprême et sa lettre au président, laissée sans réponse.

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C'est "irresponsable de vouloir mener autant d'exécutions en si peu de temps" dans ce contexte de crise sanitaire, explique cependant Robert Dunham, le directeur du Centre d'information sur la peine de mort (DPIC), à l'AFP. Toujours en considération de la crise sanitaire actuelle, un millier de responsables religieux, catholiques et évangéliques, ont appelé le président à se "concentrer sur la protection de la vie et non sur les exécutions" en ces temps de Covid-19. 

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