Éthiopie : des soupçons de "crimes contre l'humanité" dans le conflit au Tigré, selon l'ONU

EDUARDO SOTERAS / AFP

CONFLIT - La Haute-commissaire de l'ONU aux droits de l'homme a présenté mercredi une enquête conjointe avec les Éthiopiens, évoquant une "extrême brutalité" et concluant à de possibles crimes contre l'humanité commis par toutes les parties dans le conflit du Tigré.

Le conflit au Tigré est marqué par une "brutalité extrême", a dénoncé mercredi la Haute-Commissaire de l'ONU aux droits de l'homme, présentant une enquête menée conjointement par ses services et la Commission éthiopienne des droits de l'homme, créée par le gouvernement éthiopien, sur le conflit qui fait des ravages depuis un an.

"La gravité des violations et des atteintes que nous avons recensées souligne la nécessité de tenir leurs auteurs responsables, quel que soit leur camp", a estimé Michelle Bachelet, à Genève.

Suspicion de crimes de guerre et crimes contre l’humanité

"Il existe des motifs raisonnables de croire que toutes les parties au conflit dans la région du Tigré ont, à des degrés divers, commis des violations du droit international des droits de l’homme, du droit international humanitaire et du droit international des réfugiés, dont certaines peuvent constituer des crimes de guerre et des crimes contre l’humanité", souligne le rapport.

"Ce rapport est l’occasion pour toutes les parties de reconnaître leur responsabilité, de s’engager à prendre des mesures concrètes en matière de responsabilité et de réparation aux victimes, et de trouver une solution durable pour mettre fin à la souffrance de millions de personnes", a déclaré Daniel Bekele, commissaire en chef de la Commission éthiopienne des droits de l’homme, cité dans un communiqué du Haut-commissariat.

Torture, enlèvements, violences sexuelles

Le document couvre la période du 3 novembre 2020 - quand le Premier ministre et Nobel de la paix Abiy Ahmed avait déclenché l'offensive contre les autorités dissidentes du Tigré - au 28 juin 2021, date à laquelle Addis-Abeba avait déclaré un cessez-le-feu unilatéral. La situation sur le terrain a depuis beaucoup évolué  et le gouvernement éthiopien a déclaré mardi l'état d'urgence dans l'ensemble du pays, face à l'avancée du Front de libération du peuple du Tigré (TPLF) sur la capitale.

Établi après une enquête sur place, 269 entretiens confidentiels et des réunions avec les autorités locales et fédérale, des ONG ou encore des membres du corps médical, le rapport dénonce, témoignages à l'appui, des "attaques aveugles" contre les civils, des exécutions extra-judiciaires, de la torture, des enlèvements et des détentions arbitraires ou encore des violences sexuelles et des pillages. Les enquêteurs ont rencontré des survivantes, dont presque la moitié ont été victimes de viol collectif, mais aussi des cas de violences sexuelles contre des hommes, rapportant notamment le cas d'un garçon de 16 ans, violé par des soldats érythréens, qui s'est ensuite suicidé.

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Ecoles, hôpitaux et lieux de culte ciblés

Le rapport fait aussi état de massacres suivi de représailles qui ont coûté la vie à des centaines de civils. Et il souligne que toutes les parties au conflit ont directement ciblé des civils et des écoles, hôpitaux ou lieux de culte. La torture est endémique, "les victimes battues avec des câbles électriques et des barres de fer, détenues au secret, menacées avec des armes à feu braquées sur leur tête et privées de nourriture ou d’eau".

L’équipe d’enquête conjointe a aussi fait un certain nombre de recommandations, demandant notamment au gouvernement de poursuivre les auteurs de crimes. La communauté internationale doit, elle aussi, s'assurer que les auteurs seront redevables de leurs actes, en mettant sur pied une commission internationale d'enquête en vue de futures poursuites.

Washington renforce la pression

En réponse à ces violations des droits humains, Joe Biden a expliqué mardi au Congrès qu'Addis-Abeba serait privé à compter de janvier, de même que la Guinée et le Mali - deux pays théâtres de coups d'État - des avantages prévus par une loi américaine qui exempte les pays d'Afrique subsaharienne de droits de douane américains. Les autorités éthiopiennes, qui redoutaient depuis plusieurs semaines la perte des avantages de la loi américaine sur la croissance et les opportunités en Afrique (dite Agoa, pour African growth and Opportunity Act), ont dénoncé mardi cette décision.

L'émissaire américain pour la Corne de l'Afrique, Jeffrey Feltman, a accusé de son côté Addis-Abeba d'entraver la livraison d'aide humanitaire aux régions disputées. "Aucun gouvernement ne peut tolérer d'insurrection armée, nous comprenons cela, mais aucun gouvernement ne devrait adopter des mesures ou autoriser des pratiques conduisant à massivement affamer ses propres citoyens", a-t-il lancé.

Plus tard mardi, le département d'État a recommandé aux voyageurs américains de ne pas se rendre en Éthiopie à cause du danger représenté par le conflit armé, relevant son avertissement au niveau maximal.

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