Européennes : l'europhobe Nigel Farage revient par la fenêtre au Royaume-Uni

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ELECTIONS - Selon les sondages, le Parti du Brexit fondé par Nigel Farage devrait terminer largement en tête du scrutin britannique, reléguant aux seconds rôles les conservateurs au pouvoir et l'opposition travailliste.

Et si c'était lui, le grand gagnant de la crise politique au Royaume-Uni ? Selon les sondages, le Parti du Brexit devrait terminer largement en tête du scrutin britannique qui se déroule ce jeudi, reléguant aux seconds rôles les conservateurs au pouvoir et l'opposition travailliste. Un résultat qui, s'il se confirmait, permettrait à Nigel Farage de damer le pion à ses rivaux. Et ce pour la troisième fois.


Cet europhobe de 55 ans avait en effet déjà remporté le scrutin européen en 2014, sous les couleurs de l'UKip, le parti europhobe et anti-immigration, avant de contribuer au vote en faveur du Brexit lors du référendum de juin 2016. "Le Brexit a été la première brique abattue dans le mur de l'establishment", prédisait-il alors. "Il y a de grandes batailles à mener et je vais continuer à les mener". 

Pour cela, Nigel Farage avait décidé de stigmatiser les élites. Quitte à devoir composer avec ses propres contradictions : ce partisan de Donald Trump a en effet passé sa carrière à dénigrer les institutions européennes, où il siège pourtant sans interruption depuis 1999. Un mandat par défaut, lui qui lui a échoué à six reprises à se faire élire député au Parlement britannique.

"Il fume trop, il boit trop et ne dort pas assez"

Accro à la politique, Nigel Farage aurait pu avoir une trajectoire différente. Né le 3 avril 1964 au sud de Londres, il aurait pu faire "beaucoup d'argent" à la City, où il a travaillé comme trader sur les marchés de métaux après une scolarité dans le privé. S'il a préféré la politique, c'est pour "faire une différence" et donner du sens à une vie qui a failli s'arrêter prématurément à plusieurs reprises. 


Âgé d'une vingtaine d'années, il a en effet frôlé la mort et l'amputation d'une jambe après avoir été renversé par une voiture à la sortie d'un pub. Quelques mois plus tard, on lui a diagnostiqué un cancer des testicules. Guéri, il a épousé une infirmière, avec qui il a eu deux fils. Il aura encore deux filles avec sa deuxième femme, Kirsten Mehr, une Allemande, dont il est aujourd'hui séparé. Il a failli disparaître une troisième fois en 2010, dans un crash d'un avion biplace, le jour des législatives. Il s'en est tiré avec quelques côtes fracturées et un poumon perforé, mais souffre toujours des séquelles, comme le trahit sa démarché légèrement raide.


C'est avec l'énergie du survivant qu'il prend le pouvoir à l'UKip, qu'il avait contribué à fonder en 1993. Omniprésent, il incarne rapidement le parti à lui tout seul et transcende les militants qui l'appellent par son seul prénom : "Nigel". Lui se voit d'abord comme un politique authentique et proche du peuple. Il construit sa légende en sillonnant les pubs. "Il fume trop, il boit trop et ne dort pas assez", déplore régulièrement son épouse.

La première grande consécration au Royaume-Uni viendra en 2014 lorsque l'UKip remporte les élections européennes. Nigel Farage est alors en pole position pour mener la bataille pour un Brexit lors du référendum. Mais son image controversée, ses propos sur les malades du sida dont il faudrait interdire l'entrée au Royaume-Uni, l'écartent de la campagne officielle. Il mène malgré tout campagne, à sa façon : il remonte la Tamise à la tête d'une flottille de chalutiers, il crée la controverse avec des affiches exploitant le thème de l'immigration. Une fois connu le résultat du référendum, c'est les larmes aux yeux qu'il voit poindre, "à l'aube, le rêve d'un Royaume-Uni indépendant". 


Mais l'impasse au Parlement le pousse à reprendre du collier: il fonde en février le Parti du Brexit, après avoir claqué en décembre la porte de l'UKip. "La machine est en marche", disait-il alors, ambitionnant de mettre fin au système bipartisan au Royaume-Uni.

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