Exécution du cheikh al-Nimr : pourquoi une telle escalade entre l'Arabie Saoudite et l'Iran ?

Exécution du cheikh al-Nimr : pourquoi une telle escalade entre l'Arabie Saoudite et l'Iran ?

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RELIGION - L'exécution d'un leader chiite en Arabie Saoudite fait craindre une radicalisation des relations dans la région. L'Iran se montre très hostile à son voisin saoudien.

La tension monte entre l'Iran et l'Arabie Saoudite. En jeu, un conflit religieux qui oppose sunnites et chiites et qui a trouvé un nouveau carburant avec l'exécution par l'Arabie Saoudite d'un chef religieux chiite samedi matin.

Ce qu'il s'est passé

Samedi matin, le royaume saoudien a annoncé l'exécution de 47 personnes accusées de terrorisme ou de liens avec une entreprise terroriste. Parmi ces condamnés à mort, Nimr Baqer al-Nimr, chef religieux chiite et fervent opposant au régime de Riyad. Une exécution que beaucoup voient comme un assassinat politique, Nimr Baqer al-Nimr n'ayant jamais été en lien direct avec des groupes terroristes, ni n'ayant jamais commandité le moindre attentat.

Pour l'Iran, aucun mot n'est assez dur pour condamner l'exécution du cheikh. L'ayatollah Khomenei, autorité religieuse suprême à Téhéran, estime pour sa part que "le sang de ce martyr versé injustement portera ses fruits" et que "la main divine le vengera des dirigeants saoudiens". En Iran, les manifestations anti-saoudiennes se multiplient, avec pour paroxysme la mise à sac et l'incendie de l'ambassade de l'Arabie Saoudite à Téhéran . Des scènes similaires sont observées dans le nord du pays, autour du consulat saoudien.

Ce qui est en jeu

Deux visions de l'Islam s'opposent, portées par deux pays majeurs dans la région. D'un côté l'Arabie Saoudite, qui se veut la protectrice du sunnisme, de l'autre l'Iran, gardien du chiisme, isolé dans la région. Le schisme, qui remonte au VIIème siècle et à la mort de Mahomet, se traduit aujourd'hui par une opposition féroce, sur tous les terrains.

Dernier conflit en date, le Yémen. Le pays est déchiré entre les forces loyalistes et la résistance minoritaire chiite, soutenue par l'Iran. En face, une coalition de pays arabes menée par l'Arabie Saoudite tente de rétablir le pouvoir de l'ancien président Ali Abdallah Saleh sur la capitale, Sanaa.

Les alliances des deux pays avec l'ouest sont elles aussi vacillantes. L'Arabie Saoudite, alliée de longue date des Etats-Unis, avait vécu comme une trahison l'accord passé par Barack Obama avec l'Iran au sujet du programme nucléaire de Téhéran. Or l'Arabie Saoudite est un partenaire privilégié de la coalition menée par la France contre Daech.

►  Les risques

S'il est peu probable que les deux pays entrent dans un conflit ouvert après l'exécution du cheikh al-Nimr, sa mort est un pari risqué pour le royaume saoudien. Lors des printemps arabes, al-Nimr était en effet l'agitateur numéro 1 du royaume, leader des minorités chiites du pays. Il avait tenté de rallier les mouvements populaires au Bahreïn et en Syrie pour secouer le pouvoir de Riyad, sans succès.

Le risque est donc de voir ces populations se soulever et entraîner avec elles la population du Bahreïn, où la population majoritairement chiite vit sous le joug d'une dictature sunnite. Le Bahreïn dont la population a déjà démontré ses velléités démocratiques lors des printemps arabes et des manifestations de la Place de la Perle, qui avaient fait des dizaines de morts.

D'ailleurs, des affrontements ont opposé dimanche dans plusieurs localités du Bahreïn la police à des manifestants qui protestaient contre l'exécution du chef religieux. Des violences qui ont fait des blessés : la police a tiré des gaz lacrymogènes et, dans certains cas, des balles de chevrotine en direction de manifestants qui ont jeté des pierres et lancé des cocktails Molotov.

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L'Arabie Saoudite exécute un chef chiite
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Fin d'un cessez-le-feu factice au Yémen

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