Beyrouth : la cargaison de nitrate d'ammonium qui a explosé était stockée dans le port depuis 6 ans

Beyrouth : la cargaison de nitrate d'ammonium qui a explosé était stockée dans le port depuis 6 ans

PREMIERS INDICES – La double explosion massive survenue mardi dans la capitale libanaise aurait été causée par du nitrate d'ammonium : pas moins de 2.750 tonnes qui étaient stockées sur le port de Beyrouth depuis 6 ans, après avoir été déchargées d'un cargo moldave abandonné depuis par ses armateurs.

Au lendemain des explosions meurtrières qui ont touché Beyrouth et causé la mort d'au moins 100 personnes, tout le Liban s'interroge sur les causes de ce qui est pour l'heure présenté comme un accident industriel. Selon les premiers éléments disponibles, une détonation a été entraînée par un stock de nitrate d'ammonium entreposé dans le port de la capitale libanaise.

Cette matière, impliquée par le passé dans d'autres catastrophes telles que celle d'AZF à Toulouse, aurait été conservée sans précautions suffisantes, ont indiqué les autorités. Au total, plus de 2.750 tonnes, dont la provenance et la destination posent question et qui apparaissent liées à un navire moldave saisi il y a plusieurs années.

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Si ce stock de nitrate d'ammonium était stocké sur le port de Beyrouth, il provient en effet à l'origine d'un cargo, le RHOSUS, construit en 1986 et battant pavillon moldave. Celui-ci a quitté le port de Batumi, en Géorgie, le 23 septembre 2013, en direction de celui de Beira, au Mozambique. La cargaison n'a pourtant jamais atteint les côtes africaines puisque le navire a été contraint à une escale à Beyrouth, en raison de problèmes techniques. 

Après une inspection par les autorités libanaises, le cargo n'a pas été jugé apte à reprendre la mer. Il a alors été abandonné sur place, tout comme sa cargaison, laissant un équipage démuni à Beyrouth. Un cabinet d'avocat libanais, mandaté par des créanciers, a tenté sans succès de prendre contact avec les propriétaires et affréteurs. C'est ce cabinet qui a retracé l'histoire du navire et des tonnes de produits qu'il transportait à son bord. 

Retenu par les autorités libanaises, l'équipage a tout d'abord été aux prises avec les services de l'immigration. Un imbroglio diplomatique qui a finalement abouti à la délivrance des papiers nécessaires au rapatriement des marins.  Avant que le navire ne soit démantelé ou mis aux enchères, il a également fallu pour les autorités portuaires s'occuper de la cargaison. Conserver à bord une telle quantité de nitrate d'ammonium a en effet été jugé dangereux, si bien qu'il a été décidé d'entreposer ces 2.750 tonnes dans le port. Une marchandise confisquée et qui n'avait semble-t-il pas été déplacée depuis. Le bateau endommagé, lui, a fini par couler.

Devant la catastrophe survenue mardi en fin de journée, la question du stockage de cette matière à hauts risques fait débat. "Il est inadmissible qu'une cargaison de nitrate d'ammonium, estimée à 2.750 tonnes, soit présente depuis six ans dans un entrepôt, sans mesures de précaution. C'est inacceptable et nous ne pouvons pas nous taire", a réagi le Premier ministre libanais Hassan Diab devant le Conseil supérieur de défense. Des propos qui suggèrent que des négligences ont été rapportées.

Selon l'AFP, la sûreté de l'Etat, parmi les plus hauts organismes de sécurité au Liban, a lancé en juin 2019 une enquête sur cette cargaison. De multiples plaintes faisaient en effet état d'odeurs nauséabondes émanant du hangar où elle était entreposée. Elle alertait alors sur la présence de "matières dangereuses" qu'elle jugeait "nécessaire de déplacer". Dans son rapport, elle mentionnait également le fait que les parois de l'entrepôt étaient lézardées, craignant que cela ne rend possible un vol.

La direction du port, assurent des sources de sécurité, était au courant du caractère dangereux des produits, et a fini par envoyer des ouvriers pour colmater les brèches apparues sur les murs de l'entrepôt. Des travaux, qui seraient aujourd'hui à l'origine du drame.

L'enquête aura notamment pour mission de comprendre les conditions dans lesquelles ces produits chimiques étaient conservés, ainsi que d'identifier les probables carences en matière de sécurité. Dans l’œil du viseur, le service des douanes à d'ores et déjà tenté d'écarter toute responsabilité. Son directeur a ainsi dévoilé une lettre envoyée en 2017 à la justice dans laquelle il demandait que soit vendu ou déplacée la marchandise saisie, l'armée ayant expliqué ne pas en avoir l'usage.  

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