Faire intervenir l'armée à Hong Kong ? Derrière les menaces, la Chine n'a que peu de marge de manœuvre

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Hong Kong se soulève contre Pékin

DIPLOMATIE - Pékin multiplie les mises en garde à l'attention des protestataires qui, depuis deux mois, réclament d'avantage de démocratie. Mais les autorités chinoises semblent démunies face à une crise délicate. Explications.

Des chars et des véhicules blindés qui s'alignent dans les rues de Shenzen. A seulement 25 km de la frontière avec Hong Kong. Les autorités chinoises ont diffusé une nouvelle vidéo de mouvement de troupes armées a proximité immédiate de l'ancienne colonie britannique ce mercredi. La présence de l'armée est attestée par les autorités américaines et leur président Donald Trump . L'intention est évidente :  faire passer un message de fermeté aux Hongkongais qui, depuis juin, battent le pavé pour réclamer un sursaut démocratique dans ce territoire contrôlé par Pékin. Lundi et mardi, la paralysie  de l'aéroport semble avoir marqué un palier supplémentaire dans la tension entre manifestants pro-démocratie et les autorités. La Chine - qui dénonce désormais des agressions "quasi-terroristes" peut elle pour autant envoyer la police militaire  ? ou les chars pour rétablir l'ordre ? 

"Cela doit être très clair pour le tout petit groupe de criminels violents et sans scrupules, et les forces répugnantes qui se cachent derrière eux: ceux qui jouent avec le feu périront par le feu", avait martelé le porte-parole du Bureau des affaires de Hong Kong il y a quelques jours.  Seulement voilà : au-delà de la com', la marge de manœuvre de Pékin paraît mince et seules quelques options semblent possibles.

Envoyer l'armée sur place

Pékin a d'ores et déjà rappelé que sa garnison de plusieurs milliers d'hommes basée au cœur de Hong Kong pouvait être amenée à "maintenir l'ordre" si l'exécutif local en faisait la demande. La violence croissante des dernières manifestations pourrait fournir un argument à l'Armée populaire de libération pour intervenir à la place de la police hongkongaise. Et le terme "quasi terroriste" employé par la Chine après le passage à tabac de deux de ses citoyens n'est pas choisi au hasard."Le Parti communiste est très attentif aux choix des mots qu'il utilise",  observe le chercheur Ben Bland, de l'institut australien Lowy. En l'occurrence,  il s'agit de faire comprendre que "davantage de violence et de répression"  n'est pas à exclure pour rétablir l'ordre et "effrayer les manifestants". Pour autant, cette intervention, de dernier recours, risquerait d'entraîner une catastrophe financière dans la métropole du sud de la Chine ainsi qu'une large condamnation internationale. 

Continuer à soutenir discrètement les autorités locales

Les autorités chinoises pourrait choisir de suivre la même stratégie que depuis le début de l'agitation en juin : soutenir la police hongkongaise ainsi que la cheffe de l'exécutif, la très contestée Carrie Lam. Avec un espoir, celui que le mouvement pro-démocratie s'effiloche, comme lors de la "Révolution des parapluies" en 2014 qui s'était soldée par l'arrestation des meneurs et sans concessions de la part des autorités. Le régime du président Xi Jinping devrait en outre s'abstenir de toute posture antagoniste avant le 1er octobre, date du 70e anniversaire de la fondation de la République populaire. Un accroissement des tensions pourrait faire de l'ombre au défilé militaire géant attendu à Pékin afin de célébrer l'unité du pays.

Céder aux revendications des manifestants

Autre choix possible : répondre aux exigences des contestataires, qui réclament le départ de Carrie Lam, une enquête sur les méthodes de la police et l'enterrement définitif du projet de loi sur les extraditions qui a été simplement suspendu. Une réforme du mode de scrutin dans un sens plus démocratique semble nettement plus hypothétique, dans la mesure où elle risquerait d'aboutir à la fin de la main-mise des candidats pro-Pékin sur le législatif et l'exécutif hongkongais.

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