"Fake News Awards" : Donald Trump toujours plus loin dans ses attaques contre les medias

ACIDE – Donald Trump a annoncé mercredi sur Twitter ses "Fake News Awards", sorte de "prix" désignant les médias "les plus corrompus et les plus biaisés". Une énième attaque contre la presse, d'ailleurs sévèrement dénoncée par deux sénateurs républicains, qui y voient une dérive dangereuse pour la société américaine.

Les "Fake News Awards" ou "Prix des fausses informations" : voici la dernière trouvaille de Donald Trump pour afficher au grand jour son hostilité envers la presse et les journalistes dans leur ensemble. Dans son style volontiers provocateur, le président américain a publié mercredi (forcément) sur Twitter un lien vers le site du parti républicain accompagné de ce message : "Et les gagnants des FAKE NEWS sont..."

Sur la page, s‘affiche une liste de onze médias "les plus corrompus et les plus biaisés" – CNN, le New York Times ou le Washington Post, cibles habituelles du milliardaire, y figurent en bonne place – censée rendre compte de la défiance que subirait le président. Paul Krugman, prix Nobel d'économie 2008 et éditorialiste pour le New York Times, est hissé à la première place. Il "avait affirmé le jour de la victoire écrasante historique du président Trump que l'économie ne s'en remettrait jamais", rappelle le site, soulignant que la Bourse bat pourtant record sur record depuis.

90% de couverture médiatique négative

"2017 a été une année de partialité acharnée, de couverture médiatique malhonnête et même de fausses informations éhontées", estime encore le texte, assurant que plus de 90% du traitement médiatique consacré à Donald Trump est négatif. Cette statistique - non sourcée - est vraisemblablement issue du Media Research Center, observatoire conservateur des médias américains, qui, s’il met bien en lumière un déséquilibre criant entre le positif et le négatif, ne comptabilise pas les avis neutres. Une nuance que le texte se garde de relever mais qui a peut-être poussé le président américain à mettre de l’eau dans son vin un peu plus tard. "À part certaines couvertures médiatiques très corrompues et malhonnêtes, il existe beaucoup d'excellents journalistes que je respecte et beaucoup de BONNES NOUVELLES dont les Américains peuvent être fiers !", a-t-il ainsi écrit dans un tweet. 

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L'image de Trump s'est fortement dégradée depuis son entrée à la Maison-Blanche

Mais pas de quoi calmer les critiques, a priori. Quelques heures plus tôt, deux élus républicains avaient donné de la voix pour dénoncer sans détour la dangereuse dérive que représentent à leurs yeux les attaques quasi-quotidiennes du locataire de la Maison-Blanche contre les journalistes. "2017 fut l'année où la vérité - objective, empirique, basée sur des faits - a été plus la plus bousculée et maltraitée dans l'histoire de notre pays, aux mains du personnage le plus important de notre gouvernement", a lancé devant le Congrès le sénateur Jeff Flake, pour qui il n'est plus possible d'ignorer les "assauts" contre les médias d'un président "qui ne supporte pas la critique".

Le fait qu'un président américain puisse s'adonner à un tel spectacle défie l'entendementJohn McCain, sénateur et ancien candidat républicain à la présidentielle

"'L'ennemi du peuple', c'est comme cela que le président des Etats-Unis a qualifié la presse en 2017", a-t-il lancé, rappelant que ces mots "tristement célèbres" avaient été prononcés par l'ancien dirigeant russe Joseph Staline "pour décrire ses ennemis". Un son de cloche similaire à celui de John McCain, ancien candidat à la présidentielle et figure du Congrès, selon qui  l'attitude de Donald Trump vis-à-vis des médias pose un problème pour les Etats-Unis, mais aussi pour le monde. Signe de ce problème : la confiance dans le leadership américain vient d’atteindre son plus bas historique (30% d’approbation, contre 48% sous Barack Obama), selon une étude de l’institut Gallup.  

"Que Trump en soit conscient ou pas, ses actes sont observés de près par des dirigeants étrangers, qui utilisent déjà ses mots comme excuse", a-t-il fait valoir, dénonçant l'attitude "incohérente" voire "hypocrite" de l'administration à l’égard de la liberté de la presse. "L'expression 'fake news', à laquelle le président américain a donné une légitimité, est utilisée par des autocrates pour réduire au silence des journalistes, a encore écrit le sénateur de 81 ans. Le fait qu'un président américain puisse s'adonner à un tel spectacle défie l'entendement. Mais voilà où nous en sommes..."

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