Ferry naufragé en Corée : le terrible récit d'un secouriste

Ferry naufragé en Corée : le terrible récit d'un secouriste

International
DirectLCI
TEMOIGNAGE – Un plongeur sud-coréen, qui participe aux opérations de secours après le naufrage d'un ferry qui transportait des centaines de lycéens, raconte sa quête dans un journal intime, dont des extraits ont été publiés dans la presse locale. Un récit terrifiant.

"Je commence à chercher et touche un mur. Je tâtonne contre le mur et j'avance. Je sens un corps". Pendant trois semaines, un plongeur a exploré les eaux froides et noires du ferry coréen Sewol qui a sombré le 16 avril dernier. Sur les 476 personnes à bord, 325 étaient les lycéens d'un établissement du sud de Séoul, en voyage scolaire vers l'île de Jeju (sud). Seuls 45 jeunes ont survécu.

Pour tenir le coup, le plongeur écrivait un journal. Son contrat de travail lui interdit de s'exprimer dans les médias. C'est donc sous un pseudonyme, "Mr. B", que des extraits ont été publiés par Kookje Shinmun, un quotidien de Busan (sud). Son récit brosse un tableau poignant des souffrances physiques et psychologiques endurées par les plongeurs, qui ont récupéré des dizaines de corps piégés dans les cabines du bateau. L'optimisme du début, lorsque les secouristes pensent encore pouvoir trouver des rescapés réfugiés dans des poches d'air, laisse peu à peu la place à un constat désespéré : il ne cherche plus des rescapés mais bien des corps.

"Je sens le bras, puis la tête, puis le torse"

Les écrits du plongeur racontent les conditions de travail éprouvantes, avec une visibilité quasi-nulle, à travers des couloirs et des cabines encombrés et submergés dans une eau boueuse. "La torche ne sert quasiment à rien", raconte-t-il. Avec son partenaire de plongée, ils fixent des cordes pour se guider au sein des couloirs du ferry, à quelque 40 mètres de profondeur. "La visibilité est tellement mauvaise qu'il vaut mieux fermer les yeux et se guider avec les mains".

Dans une cabine, le plongeur heurte un gros objet flottant. Un bras, attaché à un corps. Il l'arrime puis tire sur sa corde, un signal pour demander à l'équipe de surface de les remonter. "Nous nous retrouvons coincés au passage d'une porte. Je leur demande d'arrêter de tirer. Je passe la porte puis je tire doucement le corps avec moi. Nous reprenons notre remontée". Il retourne à la cabine, dont il pense qu'elle contient d'autres cadavres. L'équipage avait donné pour instruction aux passagers de revêtir leur gilet de sauvetage mais de ne pas bouger de leur siège ou de leur lit.

Avec sa main, il repère un nouveau corps, coincé sous une banquette. "Je sens le bras, puis la tête, puis le torse". "Il n'y a pas assez d'espace. C'est dur de le dégager de là et je n'ai plus beaucoup de temps de plongée". Il évacue des débris, des sacs, pour nettoyer l'espace confiné de la cabine. "C'est encore trop étroit. Mais je parviens à attraper des vêtements derrière le cou, je tire, et le corps vient vers moi". Sur les dizaines de plongeurs participant à ces opérations - qui pourraient s'achever ce week-end- 24 ont été traités pour blessures ou accidents de décompression. Un est mort cette semaine.

Sur le même sujet

Plus d'articles

Lire et commenter