Fin du billet de 500 euros : une grande perte pour nos voisins allemands

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ECONOMIE – La Banque centrale européenne doit se prononcer aujourd'hui sur l'arrêt de la mise en circulation de billets de 500 euros, accusés de faciliter la criminalité au sein de l'Union. Une décision qui ne devrait pas bouleverser les habitudes du consommateur français, à la différence de son voisin allemand.

Le sort du billet de 500 euros se joue aujourd'hui. La Banque centrale européenne doit en effet décider ce mercredi si elle met un terme à la mise en circulation de la plus grosse coupure de la monnaie commune. Une décision quasi anecdotique en France, tant le billet mauve est peu utilisé, mais qui n'est pas franchement du goût de nos voisins allemands, très attachés aux billets de banques en général et aux grosses coupures en particulier.

Si le pouvoir allemand semble ne pas vouloir alimenter la polémique, à l'image du ministre des Finances Wolfgang Schäube qui a récemment refusé de se prononcer sur le sujet – il a sobrement indiqué : "C'est à la Banque centrale de décider et je ne commente pas ces décisions" –, en coulisse, les dents grincent du côté de Francfort et au-delà.

"Croyez-vous qu'il n'y aura plus d'actes criminels ?"

En janvier dernier, le président de la Banque centrale allemande, Jens Weidmann, ne cachait pas son scepticisme quant à l'impact du retrait du billet de 500 euros sur la lutte contre la criminalité. Dans un entretien à la Frankfurter Allgemeine Zeitung, ce dernier posait ainsi la question : "Croyez-vous que, si le billet de 500 euros n'existe plus, il n'y aura plus d'actes criminels ?" Quant à l'un des membres du directoire de la Bundesbank, Carl-Ludwig Thiele, il insistait sur la préservation de la liberté des citoyens, soulignant que ces derniers "ne devraient pas devenir automatiquement suspects".

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Il faut dire que l'usage des espèces, et notamment des grosses coupures, est culturel outre-Rhin. Selon l'institution financière de Francfort, les Allemands se promènent en moyenne avec 103 euros dans leur porte-monnaie, et 80% des transactions sont réglées en espèces - le pourcentage dépasse à peine les 50% en France -, un chiffre qui se maintient à 24% des transactions lorsque celles-ci sont supérieures à 500 euros.

Le billet de 500 euros, une volonté allemande

Cet attrait pour l'argent liquide date de bien avant la mise en circulation de l'euro en 2002. Du temps de la monnaie nationale, les Allemands bénéficiaient déjà d'une coupure de 1000 deutschmarks. Berlin avait d'ailleurs pesé de tout son poids dans les négociations sur la monnaie unique pour la doter d'un billet d'une valeur à peu près équivalente à celle de la plus grosse coupure en Deutschmark.

Outre les raisons historiques souvent évoquées, notamment liées à la liberté de disposer de son argent comme ils l'entendent et le souvenir douloureux de deux régimes autoritaires (le nazisme et la RDA), des raisons très pratiques permettent notamment d'expliquer le rapport privilégié qu'entretiennent les Allemands avec l'argent liquide. Aujourd'hui encore, de nombreux magasins allemands se montrent frileux, pour ne pas dire réfractaires, à accepter les paiements par carte.

Chez les plus âgés, le paiement en liquide est gage de gestion rigoureuse, à la différence du paiement dématérialisé. Les esprits devraient néanmoins progressivement évoluer, à en croire la part croissante que prend ce type de transaction dans le monde. Ainsi, en 2014, selon l'étude annuelle conjointe de Capgemini et Royal Bank of Scotland, les paiements par carte ou chèque avaient progressé de 9%, pour représenter près de 400 milliards d'actes d'achats.

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