Forcer les Palestiniens à faire la paix, le coup de poker de Donald Trump au Proche-Orient

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DIPLOMATIE - Le plan de paix dévoilé par la Maison-Blanche met les Palestiniens au pied du mur. Coincés dans une impasse depuis vingt ans, divisés, incapables d’endiguer la colonisation de leur territoire, ils se voient ici proposer la création de leur propre Etat, aux conditions d’un Israël vainqueur. L'analyse de notre éditorialiste Michel Scott.

Le plan de Donald Trump aurait un mérite s’il fonctionnait : celui de régler tous les aspects d’un conflit vieux de 70 ans en une seule fois. Oublié, par exemple, le statu quo sur la question de Jérusalem ou celle du droit au retour pour les réfugiés de 1948, litiges insolubles dont le blocage ne devait à aucun prix ralentir le chemin vers la paix fantasmé autrefois par les accords d’Oslo. Ici, les tabous les plus hermétiques ont sauté, chaque aspect de l’inextricable affrontement étant tranché dans le vif.  Et sans tenir compte des susceptibilités palestiniennes ou des résolutions onusiennes. 

En substance, des zones entières de Cisjordanie, la vallée du Jourdain et les colonies israéliennes en l’occurrence, seraient purement et simplement annexées. Les Palestiniens devraient renoncer pour toujours à la revendication du "Retour". Jérusalem, déjà unilatéralement reconnue comme telle par les Américains, deviendrait officiellement aux yeux du monde la capitale indivisible de l’Etat hébreu. 

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En échange de ces conditions qui garantiraient définitivement la sécurité d’Israël, les Palestiniens, eux, se voient proposer la création de leur propre Etat. Presque immédiatement, semble suggérer Donald Trump. Assorti de ce qui est présenté par le président américain comme une série d’avantages dont l’opportunité ne se représentera pas. Un plein contrôle sur un territoire élargi, d’un seul tenant, Gaza et la Cisjordanie étant reliés par un tunnel, avec une capitale, peut-être pas à Jérusalem même mais dans ses faubourgs, où l’Amérique se ferait un plaisir d’être la première à ouvrir une ambassade. Bien sûr cette hypothèse est également conditionnée à la démilitarisation totale de l’entité en question et à l‘abandon de toute forme de terrorisme.

Si l’on rajoute un programme d’aide au développement à hauteur de 50 milliards de dollars, l’hôte de la Maison Blanche estime que les Palestiniens feraient bien de ne pas laisser passer cette chance historique d’obtenir à brève échéance l’avènement d’un pays à eux. C’est la méthode Trump. Le deal est sur la table, à prendre ou à laisser. 

Israël vainqueur, les Palestiniens à genoux

La réaction spontanée des premiers concernés est négative. Le projet exige des Palestiniens qu’ils abandonnent des revendications très anciennes : outre celles déjà mentionnées, le retour aux frontières antérieures à juin 1967. La Jordanie pour cette seule raison d’ailleurs se montre tout aussi critique à l’égard du plan Trump. D’autres pays arabes restent circonspects, comme l’Egypte par exemple, qui suggère cette proposition comme base d’un nouveau dialogue directe entre les deux parties.  Les Européens, à l’exception des Britanniques alignés sur Washington, se montrent on ne peut plus prudents.

On les comprend. Car cette carte inédite du partage des souverainetés à l’ouest du Jourdain remet en cause le fragile équilibre, né du droit international, qui donnait l’illusion aux Palestiniens de pouvoir un jour négocier d’égal à égal avec les Israéliens, en entérinant une vérité que les uns et les autres ont bien comprise depuis longtemps : Israël a gagné, les Palestiniens ont été vaincus dans cet affrontement séculaire et ils doivent l’admettre. Accessoirement, c’est un désaveu pour les anciens modes de résolution des conflits fondés, dans un cadre multilatéral, sur la neutralité théorique des Nations Unies. Ici la paix est en quelque sorte imposée par deux alliés puissants et très solidaires, les Etats-Unis et Israël, à un adversaire à genoux. "Une chance historique à ne pas laisser passer", répète Donald Trump.

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