François, pape de la com' ou vrai révolutionnaire ?

François, pape de la com' ou vrai révolutionnaire ?

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ANNIVERSAIRE – Le Pape François a été élu souverain pontife il y a un an jour pour jour jeudi. S'il n'a pas révolutionné la doctrine, il a tout de même déjà bousculé de nombreuses habitudes.

Un an tout juste après son élection, le 13 mars 2013, le pape François continue d'asseoir son statut de "superstar". Qu'il s'affiche  en une du très "rock'n Roll" Rolling Stone ou soit élu "personnalité de l'année" par le prestigieux Time, l'homme incarne, avec son style nouveau, un réel changement dans l'Eglise catholique. Mais est-il vraiment ce pape révolutionnaire que tout le monde encense  ? Ou incarne-t-il seulement une nouvelle façade de la rigide et immuable Eglise ?

Le bilan, brossé par les spécialistes, est partagé. De vrais chantiers ont été engagés par le souverain pontife, dont certains sont bien entamés. C'est le cas de la réforme de la curie romaine et de la mise en conformité de la Banque du Vatican, que François veut plus transparente. Une réflexion a également été ouverte autour des divorcés remariés : le pape semble enclin à leur ouvrir la communion. Mais au final, et un an après, "Francois reste dans la continuité de ses prédécesseurs et n'a réformé aucun texte", nous explique le spécialiste des religions Odon Vallet.

Le "style François" porte ses fruits

Sur la pédophilie, l'ONU a ainsi récemment condamné le manque de progrès réels, déplorant que le pape poursuive la défense classique de l'institution. Sur le rôle des femmes, ensuite, François s'est prononcé contre leur ordination, quand certains réclamaient de leur donner un rôle accru. Quant au mariage des prêtres, là encore, le Saint-Père a douché les espoirs des plus progressistes : c'est niet.

Le pape François, un illusionniste ? "Non, car il y une vraie rupture dans le style", note Odon Vallet. Sa modernité, comme lorsqu'il twitte ou pose sur les "ies" de ses fidèles, sa proximité avec tout le monde, "aussi bien les enfants, les handicapés, que les non-chrétiens, tranchent avec ses prédécesseurs", affirme le spécialiste. Il y a enfin "son mode de vie": "simple, frugal, éloigné de la pompe cardinaliste et du luxe pontifical". Son tour de force ? "Il s'adresse à la périphérie de la chrétienté, aux gens qui ne venaient pas forcément à l'Eglise", résume Odon Vallet. Une méthode qui porte ses fruits : "Il n'y a jamais eu autant de monde aux audiences publiques du mercredi place Saint-Pierre, ou dans les églises à Noël".

Un animal politique

Une popularité record qui lui vaut d'ailleurs de solides inimitiés dans le petit monde feutré du Vatican, "notamment au sein de certaines communautés traditionalistes", affirme le spécialiste des religions, qui voit un "risque de schisme dans l'Eglise". "François le sait, et c'est précisément pour l'éviter qu'il se garde bien d'aller trop loin sur le plan de la morale", affirme t-il. Sa méthode, elle est donc dans le changement en douceur.

Car derrière la "personne normale", comme il se qualifie lui-même, se cache un véritable animal politique, "qui a compris que s'il ne pouvait pas toucher aux écrits, il pouvait leur donner une interprétation plus libérale". Tout est une question de communication : "Sur les homosexuels, par exemple, il dit ne pas vouloir les juger", explique Odon Vallet. "Il n'est donc pas encore au stade où il les marie, mais il n'est plus dans la condamnation". Dans les mots, une simple nuance. Dans la réalité, "un incontestable progrès".


*Odon Vallet est l'auteur de "Chroniques du village planétaire", janvier 2013, DDB éditions, 224 pages, 18 euros.
 

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