Fusillade de Las Vegas : Daech ment-il en revendiquant un "attentat" ?

TERRORISME - Daech a revendiqué l'attaque commise à Las Vegas, dimanche 1er octobre. Pourtant, le profil de l'assaillant et son mode opératoire sèment le doute sur la communication de l'organisation terroriste.

L’homme est sexagénaire, natif américain. Blanc, barbu, l’air d’un sage retraité. Il a fait au moins 59 morts et plus de 500 blessés dimanche soir dans une fusillade à Las Vegas. Quelques heures plus tard, ce lundi, Daech a revendiqué l'attaque qu'il a perpétrée. Un fait qui a de quoi interroger : a priori, le profil du tueur, comme son mode opératoire, n’ont que peu de rapport avec les attentats de djihadistes commandités ou agréés par le groupe Etat islamique. Alors forcément, la question se pose : quelle crédibilité apporter à la revendication de Daech pour l’attaque de Las Vegas ?

Pas de lien connu "à ce stade" entre Daech et le tueur

Assez vite, il est apparu dans les médias américains que Stephen Paddock, l’assaillant, "aimait se rendre dans les casinos pour jouer" et n'avait pas de "convictions religieuses" connues. Il était comptable, habitant de Mesquite, petite ville distante de 120 km de La Vegas, possédait un brevet d'aviation et un permis de chasser délivré par l'Etat d'Alaska. Il semblait, également, avoir des "antécédents psychiatriques". 


En revendiquant l’attaque, Daech sème le doute. "L'auteur de l'attaque de Las Vegas est un soldat de l'Etat islamique, il a perpétré l'opération en réponse aux appels (de l'organisation) à prendre pour cible les pays de la coalition" internationale emmenée par les Etats-Unis pour lutter contre les djihadistes, a en effet indiqué Amaq, l'organe de propagande du groupe Etat islamique. Pour autant, assez rapidement, de hauts responsables du gouvernement, puis le FBI, ont écarté toute implication du groupe djihadiste et de l’attaquant. Il n'y a pas de lien connu "à ce stade" entre le tueur Stephen Paddock et une organisation terroriste. Même au plan local, les analyses vont dans ce sens. L’homme, inconnu des services de police, était "une personne désespérée, qui voulait faire beaucoup de victimes", a estimé le shérif de Las Vegas. 

Daech préconise de mourir les armes à la mainJean-Charles Brizard

L’attaque peut-elle tout de même être qualifiée de "dhjiadiste", commise au nom d’Allah ? Ou faut-il ne pas croire Daech ? "A ce stade, il faut être extrêmement prudent", prévient sur LCI Jean-Charles Brizard, président du Centre d'analyse du terrorisme.  Mais lui aussi se dit "sceptique" sur d'éventuels rapports entre cet individu et l’organisation islamique. Et avance plusieurs raisons. D’abord le profil de l'homme, et notamment son âge, "qui ne correspond pas du tout au profil des djihadistes". "On a déjà eu sur zone, en Irak ou en Syrie, des attaques avec des individus de cet âge, mais jamais dans les attentats occidentaux, jamais."


Autre élément qui fait douter, le mode opératoire de l’attaque. Le tueur s’était perché au 32e étage de l’hôtel Mandala Bay, un massif établissement visible de tout Las Vegas, en haut duquel il avait une vue imprenable sur le festival de country Route 91 Harvest et ses 22.000 spectateurs, qu’il a arrosés de balles de sa fenêtre, semant la terreur. "Cela ne correspond en rien au mode opératoire de Daech", estime Jean-Charles Brizard. "Le fait que l’individu se soit suicidé est aux antipodes de ce qui est préconisé par le mouvement, qui est plutôt de mourir les armes à la main." Pas tellement raccord, donc, avec la position de surplomb choisie par le tueur. Pour l'expert, d’après ce que l’on sait, cela ne ressemble pas non plus à l’approche générale des "revendications de l’Etat islamique."

Déjà des attaques faussement revendiquées

Il n’est pas exclu que Daech ait faussement revendiqué une attaque qui n’a rien à voir avec l’organisation islamique. Cela s’est d’ailleurs déjà produit plusieurs fois ces derniers mois : l’attaque d’un casino à Manille en juin 2017,  - 37 personnes mortes par suffocation, dans un incendie provoqué par un homme armé qui s'est ensuite suicidé -, avait ainsi été revendiquée par Daech, alors que les autorités locales avaient insisté à plusieurs reprises pour dire qu’il s’agissait d’un cambriolage qui avait mal tourné. 


Qu’est-ce qui peut amener le groupe terroriste à revendiquer des attaques qu’ils n’a pas commanditées ? La volonté de prouver qu’il est toujours en capacité d'ordonner un attentat partout dans le monde ? Jean-Charles Brizard voit "deux facteurs". Le premier est "un affaiblissement général du groupe, qui le contraint à revendiquer toutes les actions", pour conserver en crédibilité et en visibilité. D'autant que, rappelait en août dernier sur LCI Farhad Khosrokhavar, directeur de l'Observatoire de la radicalisation, dans un contexte de délitement sur le front irako-syrien, les liens de l’organisation et des djihadistes sont plus distendus : "Avant, les terroristes qui se revendiquaient de Daech devaient envoyer un message d’allégeance en amont. Aujourd’hui, avec la situation de Daech à Mossoul et la surveillance plus poussée des réseaux terroristes, ce n’est plus possible. Aussi, les terroristes écrivent un testament que l’Etat islamique retrouve après l’attentat. En d’autres termes, Daech n’est pas forcément au courant de l’attentat en amont." 


Mais ce qui se joue sans doute aussi est une "désorganisation de l’état-major et de l’organisation elle-même, qui peut expliquer ces revendications d’attentats qui n’en sont pas", explique Jean-Charles Brizard. "Par exemple Amaq, l’agence de communication, a rapporté en juillet 2016 qu’Omar al-Shishani, l’un de ses principaux chefs, avait été tué par la coalition. Tout cela peut contribuer à avoir désorganisé l’organisation, au point qu’elle peut être amenée à revendiquer" un peu tout et n’importe quoi. 

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