Comment expliquer les nouvelles tensions entre la France et l'Algérie ?

Comment expliquer les nouvelles tensions entre la France et l'Algérie ?

DIPLOMATIE - Les relations entre la France et l'Algérie connaissent un nouvel épisode de tensions après des propos d'Emmanuel Macron sur l'histoire algérienne jugés "irresponsables" par Alger. Retour sur les raisons de cette nouvelle crise.

C'est un nouvel épisode de tensions qui anime les relations entre la France et l'Algérie. Après le rappel de son ambassadeur Mohamed Antar-Daoud pour consultation à Paris justifié par "une "situation particulièrement inadmissible engendrée par (des) propos irresponsables" d'Emmanuel Macron, Alger a annoncé dimanche fermer son espace aérien aux avions militaires français. 

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Des propos de Macron mettent le feu aux poudres

Pour expliquer ces tensions entre les deux pays qui doivent bientôt commémorer les 60 ans de la fin de la guerre d'Algérie et son indépendance, il faut s'intéresser aux "propos non démentis" d'Emmanuel Macron rapportés par Le Monde. Lors d'une rencontre avec une vingtaine de jeunes descendants de protagonistes de la Guerre d'Algérie, le chef de l'État français a déclaré que l'Algérie s'est construite après son indépendance en 1962 sur "une rente mémorielle", entretenue par "le système politico-militaire". Il a aussi critiqué "une histoire officielle totalement réécrite" par Alger qui "ne s'appuie pas sur des vérités" mais sur "un discours qui repose sur une haine de la France".

Parmi les autres motifs d'irritation de l'Algérie : la réduction des visas accordés aux Algériens annoncée cette semaine par le président Français, qui a valu le rappel de l'ambassadeur d'Algérie à Paris, et selon les médias locaux, sa façon de décrire le président Abdelmadjid Tebboune comme "pris dans un système très dur" et de parler des Français comme "des seuls colonisateurs", oubliant la domination ottomane entre le XVIe et XVIIIe siècles.

La mémoire, un sujet sensible en Algérie

Or, la question de la mémoire est sensible du côté algérien "parce qu'elle touche à l'histoire, l'âme et l'identité du peuple algérien", a expliqué à l'AFP Hassen Kacimi, spécialiste des questions migratoires. Alors que les deux pays avaient convenu en mai 2020 d'effectuer ensemble un travail de mémoire dans une optique de "réconciliation", le rapport remis en janvier 2021 dans ce cadre par Benjamin Stora a été rejeté par l'Algérie qui l'a accusé de ne pas être "objectif" et reproché l'absence de "reconnaissance officielle par la France des crimes de guerre et contre l'humanité perpétrés pendant les 130 années de l'occupation de l'Algérie".

Samedi, la présidence algérienne a donc finalement estimé que la position prise par Emmanuel Macron "heurte les principes devant présider à une éventuelle coopération algéro-française en matière de mémoire (et) a l'incorrigible défaut de tendre vers la promotion d'une version apologétique du colonialisme."

Déjà plusieurs épisodes de tensions

Les relations franco-algériennes ont déjà connu d'autres épisodes de tensions ces dernières années. En avril 2021, le Premier ministre Jean Castex avait annulé au dernier moment une visite, à la demande d'Alger, mécontente, selon des sources informées de l'AFP, d'une délégation trop petite à leur goût. L'année d'avant, en mai 2020, l'ambassadeur algérien à Paris avait aussi été rappelé après la diffusion d'un documentaire par deux chaînes publiques françaises sur les manifestations pro-démocratie (Hirak) en Algérie. 

Et l'une des importantes crises qui a marqué la relation entre les deux pays remonte au 23 février 2005, jour où le Parlement français a adopté une loi reconnaissant "le rôle positif de la colonisation". Une loi par la suite abrogée mais qui avait provoqué l'annulation d'un Traité d'amitié voulu fortement par le président Jacques Chirac et son homologue algérien Abdelaziz Bouteflika.

Mais aussi des moments d'apaisement

Leurs relations avaient aussi connu des moments d'apaisement récemment, comme en juillet 2020, quand Paris a fait un geste envers Alger en restituant les crânes de 24 résistants algériens décapités au XIXe siècle lors de révoltes dans le sud de l'Algérie contre l'occupant français. 

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Un peu plus tôt, en mars 2020, la France a aussi reconnu pour la première fois que l'avocat algérien Ali Boumendjel, mort en mars 1957, a été torturé et tué par l'armée française lors de la Bataille d'Alger. Enfin, Emmanuel Macron a aussi, pendant sa campagne présidentielle en 2017, qualifié la colonisation de "crime contre l'humanité", lors d'une visite à Alger, lui valant des éloges de la part de la presse algérienne.

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