Réchauffement climatique : "On a encore la possibilité d'agir"

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INTERVIEW CROISÉE - Le GIEC a rendu ce lundi 8 octobre son rapport sur le réchauffement climatique, le cinquième depuis sa création en 1988. En 30 ans, l'analyse de ce groupe d'experts est devenue plus précise, plus fiable mais aussi plus pessimiste. Roland Séférian, l'un des auteurs et Jean-François Julliard, directeur de Greenpeace France, nous livrent leurs explications.. sans pour autant perdre espoir.

Le GIEC ou Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat est le principal organe international chargé d’évaluer le changement climatique. Cet organe scientifique compte actuellement 195 pays membres, issus des Nations Unis ou de l’Organisation météorologique mondiale. En clair, c'est une référence depuis sa création en 1988. Le GIEC présentait ce lundi son cinquième rapport : les experts n'y cachent pas que la situation est plus qu'inquiétante mais assurent qu'une fenêtre de tir existe et livrent leurs solutions pour espérer limiter cette hausse des températures à 1,5°C par rapport à la période pré-industrielle.


De rapport en rapport, d'année en année, le GIEC dresse un constat de plus en plus sombre. En 1990, il prévoyait que la température globale augmenterait de +1°C en 2025 par rapport à la période préindustrielle, nous y sommes déjà en 2018. Aujourd'hui le groupe d'experts avance une hausse annuelle de 0,3% par décennie depuis 50 ans. Si rien n'est fait, les températures pourraient même augmenter de 5,5°C.


La hausse du niveau de la mer était également annoncée en 1990 mais largement sous-estimée : entre 20 et 65 centimètres d'ici la fin du siècle. Le GIEC table finalement sur une augmentation de 77 centimètre et encore si on arrive à limiter le réchauffement climatique à 1,5°C. La mer augmenterait d'un mètre si cette hausse atteignait 2°C.

En 30 ans, la situation a-t-elle réellement empiré ou les précédents rapports étaient-ils trop prudents ?

Jean-François Julliard - directeur de Greenpeace France

"Non, les scientifiques ont surtout une connaissance plus fine aujourd’hui des événements climatiques. Ces événements durent sur le temps long et c’était difficile il y a 30 ans d’avoir des informations précises."

Roland Séférian - ingénieur chercheur au centre de recherche de Météo-France

"Ce qui a changé c’est le progrès des observations d’une part - on a des observations de meilleure qualité par rapport à celles qui ont été utilisées dans le premier rapport - et des progrès en terme de modélisation, d'autre part.

 

Les différents rapports du GIEC s’adossent à des exercices coordonnés de la communauté de recherche internationale. Entre le premier rapport et aujourd’hui, les modèles se sont affinés en termes de processus – ils sont plus complexes - et en termes de modélisation – ils sont à plus haute résolution. On arrive donc à appréhender des rétroactions - comme la rétroaction du cycle du carbone - qui n’étaient pas dans les premiers rapports".

Jean-François Julliard

"Du coup, aujourd'hui les scientifiques sont beaucoup plus précis. C’est la première fois qu’on a des informations poussées sur la différence que cela va occasionner selon qu’on atteint 1,5 ou 2°C de réchauffement climatique. Jusque-là on se disait "bon, quelle différence ça fait quelques centièmes de degrés...". Là, les conclusions du GIEC nous montrent que cela change tout."

Roland Séférian

"Chaque centième de degré, chaque dixième de degré gagné sur le réchauffement attendu est important. J’utiliserais une métaphore : quand on a raté notre arrêt dans le bus, on n’attend pas le terminus pour sortir, on sort à l’arrêt suivant, c’est ça que nous dit ce rapport. C’est une sorte de guide pour la communauté internationale."

Comparé aux rapports précédents, la notion d'urgence est d'ailleurs accentuée...

Roland Séférian

"Il y a effectivement une nécessité d’urgence. En termes de progression des connaissances et de la littérature disponible, on a rehaussé les risques de vulnérabilité de nos sociétés et des écosystèmes naturels. Tout a été revu à la hausse. Pour un même niveau de réchauffement qui avait été fourni dans le dernier rapport du GIEC, les risques sont supérieurs. 


Le message de ce rapport,  c'est que ça coûtera toujours plus cher de s’adapter au réchauffement climatique que de réduire les émissions maintenant et les risques sont plus importants. On a une fenêtre de tir très courte mais on a une fenêtre de tir quand même, donc il faut agir très rapidement et à grande ampleur." 

En vidéo

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L'homme est le grand acteur de cette révolution. Il y a 30 ans, les scientifiques jugeaient que les activités humaines étaient probablement responsables, aujourd'hui la question ne se pose même plus.Jean-François Julliard

Roland Séférian

"C'est aussi dû à une une amélioration de nos outils d’analyse : la manière dont on compare les résultats de modèle par rapport aux observations. Les techniques de détection/ attribution, c’est-à-dire attribuer une cause à une réponse. C’est quelque chose qui a vu le jour dans le deuxième rapport du GIEC, qui est apparu sous la forme d’un chapitre dans le troisième et qui s’est renforcé petit à petit. C’est ça qui nous a permis d’attribuer ou d’imputer aux activités humaines une part du réchauffement climatique."

Jean-François Julliard

"Je crois qu'aujourd'hui la communauté scientifique dans le monde entier est d’accord. Tous les Etats qui ont signé ce rapport du Giec reconnaissent qu’il y a un réchauffement climatique qui est lié aux activités humaines. Plus personne ne remet ça en cause. Ce débat-là, il est terminé. Il n’y a plus de climato-sceptiques, en tout cas en France, et en Europe il y en a très peu, on ne les entend plus car ils n’ont plus d’arguments à faire valoir. 

Les climato-sceptiques ont-ils vraiment disparu ?

Roland Séférian

"Ils ont perdu en amplitude, ils sont moins nombreux dans la mesure où la connaissance du changement climatique s’est démocratisé et fait beaucoup moins débat. Mais ils n'ont pas disparu, leur centre de gravité s’est déplacé vers l’action. Maintenant la communauté des climato-sceptiques va plutôt dire "c’est un problème qui est d’une ampleur telle qu’il vaut mieux laisser faire, c’est hors de notre portée, on y arrivera jamais donc gardons notre modèle de développement et de consommation. Nous, hommes, n’arriverons jamais à changer les choses. On laisse tomber."


"De mon point de vue de climatologue et de citoyen, j’ai 35 ans, je préfère voir le verre à moitié plein qu’à moitié vide, on a encore la possibilité d’agir."

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