Goldman Sachs et le faux compte Twitter : "Je ne donne jamais d’argent aux sans-abri"

Goldman Sachs et le faux compte Twitter : "Je ne donne jamais d’argent aux sans-abri"

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SOCIETE – Derrière son compte @GSElevator, John Lefevre tweettait des commentaires cyniques sur la vie en général et sur Goldman Sachs en particulier. Une imposture qui aura tenu plus de deux ans.

Il aura fallu plus de deux ans pour démasquer celui qui tweettait les bruits d'ascenseur de la banque Goldman Sachs. Sous le pseudo de @GSElevator , il livrait maximes, aphorismes et phrases bien senties, telles des brèves de comptoir 2.0, prétendant révéler l'état d'esprit des employés de la banque qui incarne sans doute le mieux les dérives de la finance mondiale.

On trouvait ainsi des tweets comme "Je veux être riche au point de ne plus être motivé par l’argent", "Je ne donne jamais d’argent aux sans-abri : je ne veux pas récompenser l’échec pour avoir bonne conscience", "La NSA est en fait la seule branche du gouvernement qui écoute les gens" ou encore "Ma première femme était une pro-vie convaincue, jusqu'à ce que ma copine tombe enceinte".

Plusieurs semaines d'enquête

Le succès de @GSElevator était tel (plus de 640.000 abonnés) que l'établissement bancaire a lancé une enquête interne pour identifier la balance. La tâche était néanmoins ardue puisque la fausse taupe n'a en fait... jamais travaillé pour Goldman Sachs. C'est le New York Times qui, après plusieurs semaines d'enquête est parvenu à mettre enfin un nom derrière le compte Twitter. Celui de John Lefevre, qui n'a cependant aucun lien de parenté avec l'acteur de la 7e compagnie .

Beau joueur, il a reconnu au téléphone sa responsabilité et a ajouté : "Franchement, je suis surpris que cela ait pris autant de temps. Je savais que ce jour viendrait." Agé de 34 ans et résidant quelque part au Texas , John Lefevre n'est pas un étranger au monde de la finance puisqu'il a travaillé pour Citigroup de 2001 à 2008 et qu'il a failli être embauché par Goldman Sachs en 2010 à Hong-Kong avant de rejoindre une start-up.

"Je quémandais des retweets"

Mais il ne faut pas voir en John Lefevre un de ces militants 2.0 dénonçant avec véhémence les turpitudes du monde de la finance. Le compte, lancé à l'automne 2011, était juste une "blague pour s'amuser". Et s'il a choisi Goldman Sachs, c'est uniquement parce que "c'était commercial". D'ailleurs, sa stratégie était principalement orientée vers l'accroissement de son influence sur le réseau social : "De nombreuses fois, je vais être honnête avec vous, je quémandais des retweets".

"Au début, je tweettais davantage à propos de personnes spécifiques, de blagues privées, voire d'attaques ad hominem, raconte John Lefevre. Cela m'a donné une certaine crédibilité. Mais ensuite, les tweets ont été de plus en plus écrits pour être plus attractifs." Mais l'ancien de Citigroup se défend d'être un imposteur puisqu’il n'a jamais "explicitement affirmé être un employé de Goldman Sachs".

Quoi qu'il en soit, son succès lui a permis de vendre ses meilleures réparties à un éditeur qui les compilera dans un livre à sortir prochainement. Mais c'est surtout au sein de Goldman Sachs que l'on respire mieux depuis que le secret a été éventé. Un porte-parole de la banque a en effet indiqué qu'immédiatement après "l'interdiction officielle de discuter dans les ascenseurs a été levée".

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