Grèce : Alexis Tsipras, le "résistant" aux actions "incertaines"

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CRISE GRECQUE - Alexis Tsipras est en première ligne pour négocier avec les créanciers internationaux. Ses actions sont scrutées par le peuple grec. S’il bénéficie d’une popularité du fait de son attitude "combattante", le Premier ministre grec a également déçu au sein de son propre parti, Syriza.

Lorsque son regard s’arrête sur la devanture des "periptera", petits kiosques à journaux grecs, Dionysia retrouve le sourire. Cette enseignante à l’allure élégante scrute les quotidiens, où le visage du "jeune et remarquable Premier ministre", Alexis Tsipras, est omniprésent. "Presque chaque jour, il a une phrase forte qui fait la une des médias, soit contre les créanciers, soit en faveur du peuple", se réjouit cette Athénienne, pro-Syriza. Le 16 juin, la Grecque de 62 ans était "très fière" de son leader, qui ferraille actuellement avec ses homologues l'Eurogroupe pour trouver une issue à la crise de la dette qui accable son pays . “Tsipras a conquis mon âme, il n’a pas peur des institutions”, s’emballe Dionysia.

Comme elle, une grande partie des Grecs qui ont élu Syriza sont séduits par l’attitude "insoumise" du Premier ministre qui a osé dire "non" aux créanciers internationaux (BCE-FMI-Commission européenne). Engagé depuis cinq mois dans une négociation musclée pour trouver un accord sur les réformes à appliquer à la Grèce, le politicien de 40 ans conserve la confiance de l'opinion hellénique.

"C’est un combattant"

Dimanche soir, à la veille de ces discussions cruciales , la place Syntagma, au coeur d’Athènes, était de nouveau noire de monde. Plusieurs milliers de fidèles du Premier ministre sont venus afficher leur soutien au gouvernement. Parmi ceux-ci, Nikos, travailleur des chantiers navals, félicite : “Tsipras résiste et mène un jeu d’équilibriste très difficile, il doit satisfaire les créanciers et le peuple, sur des mesures cruciales comme la question des retraites”. L’homme de 58 ans observe : “Ces derniers mois, il s’est démené pour nous. Avant les gouvernements grecs arrivaient et signaient les memorandums sans nous défendre, en quelques heures”. Son collègue, Kostas, un graphiste au chômage, loue le “courage” du chef de gouvernement. “Il a tenu bon, c’est un combattant. Les créanciers et les médias ont tenté de le rendre ridicule, lui et son discours anticapitaliste, ils n’ont pas réussi !”

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Mais ces derniers mois, celui qui fit ses premiers pas au sein des jeunesses communistes a aussi déçu... jusque dans ses propres rangs. Panagiotis, cardiologue présent dans la manifestation estime que “le Premier ministre ne va pas assez vite et a déjà trop cédé face aux créanciers. Il aurait du arrêter de les payer dès février et augmenter les salaires !”. Cet homme affable est dans l’attente : "Nous lui demandons une autre politique, il a ouvert la voie, mais rien n’est encore matérialisé, il y a beaucoup de paroles.”

"Chaque jour, je suis effrayé par les actions à venir de Tsipras"

Dans un petit “kafeneio” du quartier Exarkia, les volutes de fumée embrument l’atmosphère et les débats sont animés, ce lundi matin. Le ton vif de cinq clients attablés couvre le son d’une émission politique, diffusée en fond. "Chaque jour, je suis effrayé par les actions à venir de Tsipras, je savais qu’il mènerait une politique que personne ne comprend, fulmine Savvas, professeur, qui a voté au centre. Il est imprévisible, comme il n’a jamais gouverné." A quelques heures d’un sommet crucial des dirigeants de la zone euro, où l’accord sur la Grèce sera au coeur des tractations, les incertitudes grandissent. Le retraité Yannis, s’énerve déjà : "Tsipras est trop à droite, il signera avec les banques, comme tous les autres. Il capitulera”. Le patron du café, Marios conclut d’un ton las : “Accord ou pas, il y aura forcément des mécontents contre le Premier ministre dans les jours à venir."

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