Un "mur flottant" anti-migrants dans la mer Egée : le projet très controversé du gouvernement grec

Des réfugiés et des migrants venus de Turquie tentent de rejoindre l'île de Lesbos, le 30 septembre 2015
International

IMMIGRATION - Athènes a annoncé jeudi vouloir se munir d'une clôture flottante au large de ses îles afin d'endiguer l'arrivée de réfugiés venus de Turquie, dont le nombre ne cesse de croître depuis un an. Une idée qui fait polémique, mais qui pose surtout la question des difficultés que rencontre la Grèce pour répondre à cet afflux quasi ininterrompu.

Dans les eaux azurs de la mer Egée, une barrière de près de trois kilomètres. C'est la nouvelle volonté du ministère de la Défense grec, qui a présenté ce projet jeudi 30 janvier. Objectif du nouveau gouvernement : stopper l'arrivée de réfugiés et de migrants dans le pays grâce à un mur - flottant - avec la Turquie. Sans surprise, l'idée fait vivement réagir la presse grecque.

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Un projet estimé à 500.000 euros

Cette volonté est très sérieuse. Aussi bien qu'un appel d'offres pour la mise en place d'un projet-pilote a d'ores et déjà été publié sur le portail du ministère de la Défense. C'est là qu'on découvre un peu plus de détails sur cette espèce de mur flottant. Le "barrage", trônant à 50 centimètres de la surface de l'eau, sera équipé de feux clignotants afin d'alerter les bateaux de sa présence. En tout, il devra faire 2.700 mètres de longueur et s'étaler entre les côtes de l’île grecque de Lesbos et la péninsule turque. Sont également prévus dans ce contrat quatre ans de maintenance et de réparations. Pour ce faire, le gouvernement est prêt à mettre la main au portefeuille. Coût estimé de l'ouvrage : un demi-million d'euros. Le projet étant "extrêmement urgent", comme le souligne le texte, quatre entreprises ont déjà été contactées. Elles ont trois mois pour envoyer leurs propositions.

Cette clôture, qui doit permettre de "contenir les entrées croissantes de migrants" a, sans surprise, provoqué un tollé dans le pays. Accusé de faire un politique digne de Matteo Salvini, le ministre de l'Intérieur issu de l'extrême droite en Italie, l'exécutif est désormais taxé d'imiter Donald Trump. Le hastag #MakeGreeceGreatAgain est même apparu sur les réseaux sociaux. "Ce projet est non seulement contraire aux principes éthiques, mais il est aussi inefficace", écrit ainsi le journal de centre-gauche To Pontiki. Notant son caractère "opportun", l’exécutif chercherait selon le quotidien à envoyer un "message répressif" alors qu'un tel dispositif semble en réalité "totalement inefficace". "Il peut facilement être détruit ou franchit par un bateau", fait valoir le journal. Est également moquée la taille de ce "barrage flottant". Syriza, l'ancien parti au pouvoir, montrant sur une carte la longueur du barrage navigable par rapport à la frontière maritime du pays. 

Allô l'Europe?

Cependant, si, dans le pays, on s'accorde à trouver l'idée saugrenue, ce n'est pas tant au gouvernement conservateur qu’on jette la pierre. Mais à l’Union européenne. Le quotidien pro-gouvernement Kathimerini regrette en effet les "réprobations condescendantes" des voisins qui font depuis plusieurs mois la sourde-oreille aux nombreux messages d’alerte du pays. 

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Car les faits sont là : Athènes a de plus en plus de mal à gérer l'afflux d'arrivées clandestines. Depuis plus d'un an, elle est confrontée à une recrudescence des arrivées. Avec plus de 74.600 arrivées l'an dernier, le pays est redevenu en 2019 la première porte d'entrée des demandeurs d'asile en Europe, selon le Haut commissariat aux réfugiés de l'ONU. Sauf que, contrairement à l'afflux de l'été 2015, cette fois-ci, tout le monde semble être aveugle à la crise. De quoi provoquer des situations explosives dans les camps de cinq îles grecques, où vivent 42.000 demandeurs d'asile pour 6.200 places seulement. C'est encore, ce lundi, le cas sur l'île de Lesbos où des affrontements ont eu lieu entre les forces de l’ordre et des manifestants. Les forces anti-émeutes ont fait usage de gaz lacrymogènes contre les deux milliers de demandeurs d’asiles qui manifestaient contre leur condition de rétentions. 

Alors, si le quotidien de droite admet que "c'est une bonne chose" que citoyens et médias critiquent le projet pour résorber ce problème, il se demande surtout si la "condamnation"pure et dure de l’idée est réellement "constructive". Et si l’UE ne ferait pas mieux de proposer des solutions. Et de conclure : "Ce dont la Grèce a besoin, c'est d'une contribution constructive aux efforts pour s'attaquer au problème, et non de commentaires condescendants."

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